La voix inimitable de Fanny Ardant, animatrice d’une libre antenne et devisant sur l’amour donne une jolie fausse piste à l’ouverture de Perdrix : alors qu’on pourrait craindre de voire un disciple de Lelouch nous resservir une soupe éculée, les révélations successives qu’on distillera sur les conditions de production de l’émission et la famille du personnage vont poser un univers où l’insolite est roi. On retrouve une atmosphère assez proche des films d’Antonin Peretjatko (La fille du 14 juillet, La loi de la jungle) avec un rapport néanmoins moins radical à l’absurde. Dans cette bourgade des Vosges, on trouvera des terroristes nudistes, des tanks, la Wehrmacht en goguette et un gendarme (Swan Arlaud) sommé de gérer tout ce gentil bazar.
L’arrivée d’une jeune fille s’étant fait voler sa voiture contenant l’intégralité de son existence consignée dans plusieurs centaines de journaux intime va mettre le feu aux poudres.
Toute l’exposition est en soin un véritable plaisir, puisqu’il s’agit de donner chair à des personnages décalés et dans l’incapacité à se remettre en question pour avoir toujours mariné dans le même environnement : ainsi d’une mère de famille confite dans son deuil (et qui, elle aussi, fige son existence par l’écriture de lettres permanentes au mari décédé), d’un frère (Nicolas Maury, délicieux) davantage préoccupé par les vers de terre que sa fille esseulée depuis le départ de sa mère, ou d’une gendarmerie sous l’emprise d’une neurasthénie (qui n’interdit pas les thérapies collectives du capitaine, qui n’en demandait pas tant).
L’intrigue est évidemment cousue de fil blanc, et la jeune furie à la recherche de son passé, convaincue de son indépendance à grands renforts de clashs bien sentis va faire brûler tout ce petit univers comme un feu de paille : les cœurs, les vocations, les états de fait.
Après le charme de la surprise initiale, un coup de foudre assez séduisant sur du Niagara (gros comme back du groupe un Quinzaine cette année, puisqu’il a fait aussi les nuits chaudes d’Une fille facile…) la convention reprend un peu ses droits et cède le pas à quelques mécaniques de la comédie romantique, et le récit s’essouffle à la faveur d’une nuit qui enlise par moments la vivacité des débuts. Reste le plaisir de voir un casting au diapason d’un film frais, assez drôle et qui, s’il ne révolutionne rien sur le discours amoureux, permet d’en dévider habilement les fils retors et colorés.
(6,5/10)