Perdrix nous fait passer un excellent moment, et son réalisateur distille savamment — mais tranquillement — moment de grâce, humour piquant, bizarreries et parenthèses philosophiques. Jamais lourd, le résultat est une comédie gentiment loufoque et plaisante, malgré un scénario assez convenu qui garde tous les lignes de la comédie romantique.
Incarné brillamment par Swann Arlaud, le capitaine Perdrix est tellement soucieux de son entourage qu’il a renoncé à ses propres désirs, et embrasse une solitude résignée. Juliette (Maud Wyler) fait voler en éclat sa quiétude apparente en cassant sa routine et en le poussant à se remettre en question. Il découvre avec elle ne forme d’insouciance salvatrice, déchargée de ses devoirs habituels. Leur rencontre se transforme en balade lyrique, qui louche un peu sur le cinéma de Wes Anderson ou sur le récent En liberté !, avec une bande de personnages secondaires plus ou moins saugrenus, et d’apparitions subtiles de nudistes révolutionnaires.
L’humour décalé et doux-amer ponctue intelligemment le film, et équilibre ainsi avec les scènes plus poétiques ou dramatiques. On retient les envolées poétique tout au long du film, en particulier la déclamation de Perdrix dans une sublime nuit américaine, ou dans un autre registre, la session de groupe inopinée sur la caractérisation du capitaine par son équipe, jubilatoire.
Mon point négatif tient sur la famille Perdrix, parfois irritante par son individualisme, et qui apporte quelques longueurs au film. C’est donc un peu triste de voir ici des acteurs comme Fanny Ardant et Nicolas Maury mal employés.
Le film aurait grandement gagné en force à mieux travailler ses intrigues secondaires, plutôt que de les cantonner à une exposition certes hilarante mais par la suite assez inutile. Malgré ses défaut, Perdrix mérite cependant notre attention et remplit ses promesses de comédie romantique rafraichissante, comme une pastille des Vosges.