Perfect Blue commence sous les ors du spectacle, la pop japonaise et ses codes si spécifiques : habillées comme des poupées, à la fois petites filles et objets de tous les fantasmes grâce à un costume suggestif, les jeunes chanteuses s’adressent à un public essentiellement masculin, consommateur et lucide. Mais la machine fonctionne et les désirs sont stimulés.
Un choix du cadrage permet de voir, subrepticement, un fan tenir dans la main une des danseuses : les bases du thriller sont posées.
Polar de son temps, où le harcèlement passe par un média nouveau-né, internet, Perfect Blue se double d’un récit labyrinthique sur les dérives d’une psyché malade face à dialectique des personnalités publiques et privées.
Chaque séquence permet d’établir des conclusions sur la trame centrale, à savoir une série de meurtres sauvages, mais se révèle presque à chaque fois appartenir à une fiction mise en abyme : par le biais d’un tournage, ou d’un rêve, voire d’une hallucination. Le temps se répète, les personnes se dédoublent, et la réalité qu’on a pris pour telle au départ se dérobe.
Fascinant dans son rythme, syncopé entre des temps morts contemplatifs et des séquences d’une rare violence, entre l’introspection intime et l’épanouissement malsain d’une star offrant son corps en pâture à la foule, le récit malmène le spectateur qui se perd avec la protagoniste dans les fluctuations des projections mentales et des rôles qu’elle joue… ou qu’on lui impose.
Hitchcock, mais surtout son disciple De Palma et quelques vertiges de Lynch planent sur l’atmosphère délicieusement perturbante de ce film. Petite poupée docile, Mima n’est qu’un fantasme qui s’interroge sur sa nature et son libre arbitre, et renvoie au spectateur la morbidité de ses propres fantasmes, de son sadisme et son désir toujours plus grand d’être surpris.
Une belle réussite.