En deux lignes
Mima, une idole de J-pop quitte son groupe pour devenir actrice. Victime de harcèlement, elle perd peu à peu le sens des réalités.
Et en un peu plus
De cette œuvre que son réalisateur décrit comme « le résultat de multiples coïncidences », Roger Corman le prolifique, parrain du Nouvel Hollywood et pape du cinéma populaire, a dit un jour : « Si Alfred Hitchcock devait collaborer avec Walt Disney, il ferait un film comme celui-ci ». C’est là faire un très beau compliment à Walt Disney, peut-être même à Hitchcock lui-même.
Il y a en effet des différences d’ADN considérables entre le pionnier américain de l’animation et son descendant nippon. Walt Disney, et cela se ressent dans la compagnie à laquelle il a donné son nom, est également un homme d’affaires. S’il y a bien eu un âge d’or de l’animation durant lequel Disney a établi des standards et inventé des recettes, il y a belle lurette qu’il s’agit essentiellement pour ces studios d’engranger des recettes à partir de standards établis.
En revanche, Satoshi Kon s’est profilé tout au long de sa trop brève carrière en marge de ce qui composait l’animation japonaise mainstream sans prétendre à la révolutionner. Peu lui chaut que celle-ci occupe les écrans « avec des robots géants et des filles à gros yeux et petites tenues », tant que la satisfaction de cette demande populaire laisse une place aux créateurs indépendants qui souhaiteraient aller au-delà du fan service ou de la récitation.
A l’époque où Perfect Blue sort, Satoshi Kon relève d’ailleurs que la situation de l’animation japonaise est encourageante. Cela fait en effet une décennie que des longs-métrages comme Le tombeau des lucioles (Isao Takahata, 1988) ou Mon voisin Totoro (Hayao Miyazaki, la même année) sont réalisés sporadiquement et fécondent l'animation japonaise.
C’est ce qui rend possible une œuvre comme Perfect Blue. Formellement, tout d’abord. Loin des « trois trésors sacrés » de l’animation japonaise (filles, robots et science-fiction, vous vous souvenez ?), Satoshi Kon opte pour un dessin réaliste, qui met en scène des physiques ordinaires plutôt que des corps idéalisés. En s’éloignant ainsi des archétypes, il se rapproche du réel, tant dans sa représentation du monde que des sujets traités. Sans concession ni complaisance, Satoshi Kon pousse son actrice débutante des méandres du show-business au bord d’un toit d’où il s’agira de sauter.
Ce qui nous ramène à Hitchcock et à Vertigo (1958) que Corman a probablement en tête en associant le maître du suspense à Satoshi Kon. L’intrigue exigeante et alambiquée de Perfect Blue se rapproche cependant davantage des obsessions bien plus radicales de Philip K. Dick sur la nature évanescente du réel que d’une intrigue de thriller reposant sur un twist brillant. La réplique que répète Mima pour sa première scène n’est-elle pas « Anata, dare nano ? (Qui êtes-vous ?) » ? Il faut être plus proche de Dick que d’Hitchcock pour entrevoir les abysses que recèle une telle question lorsqu’il n’y a pas d’interlocuteur.
Et en quelques images
Bande-annonce alternative.
Pour le cinéclub,
Matthieu Troillet