Perfect Days doit beaucoup aux talents monstres de Kôji Yakusho, son interprète principal. Il insuffle tant d'émotions à son monsieur Hirayama, tokyoïte cinquantenaire taciturne qui nettoie avec dévotion et minutie les toilettes publiques. Wim Wenders sublime ici une chronique d'un quotidien réglé comme du papier à musique. Hirayama a construit un équilibre de vie fragile et beau, il observe sans jugement et avec distance ce qui l'entoure et apprécie particulièrement la beauté et la sérénité des arbres du temple où il prend son déjeuner tous les jours. Il est à la fois à la marge d'une société qui ne le voit pas — lui-même le dit tous les mondes ne communiquent pas ensemble — et il est pourtant intégré avec une forme de bienveillance par ceux qui accueillent depuis bien longtemps les âmes esseulées. Perfect Days présente une esthétique subtile et magnifique qui fait la part belle aux lumières tant naturelles qu’artificielles et compile une galerie des architectures des toilettes publiques assez fascinante. Au-delà de son parti-pris esthétique la force du film tient du refus du réalisateur de déterminer explicitement si Hirayama est heureux ou malheureux. Rejeté par certains, ignoré voir dénigré, il crée avec d'autres une complicité touchante. On devine ça et là des blessures dans ses non-dits mais également de la joie, parfois même enfantine. Le film reste dans cette entre-deux fragile, sublimé par une bande-son puissante dont le film n'abuse pas.