Un film qui réussi à la fois à durer 2h, d'avoir des dialogues qui tiennent sur une page A4 tout en réussissant à communiquer de fortes émotions c'est incroyable.
On suit l'histoire d'un homme qui s'occupe de nettoyer les toilettes publiques de Tokyo et
... c'est tout.
Ses aventures quotidiennes se succèdent, chacune avec leur petits ressorts, rythmées par des plans sur des ombres danssantes, à croire que Wim Wenders avait lu pour la réalisation "L'éloge de l'ombre" 陰影礼賛 de Tanizaki Jun'ichiro.
La question de la (non-)visibilité de la pauvreté se pose aussi. Chez lui c'est un homme, un être humain avec ses passions, ses hobbys. Au onsen il existe, on lui parle. Au restaurant on le reconnait, c'est même un habitué priorisé par le chef lors des moments de foules dont le repas est connu à l'avance et servi sans la moindre requête. Une fois l'uniforme de The Tokyo Toilets enfilé il n'est plus.
L'une des plus grandes caractéristiques de la pauvreté se trouve justement dans sa difficulté intrinsèque d'être perçue. Au final, la différence entre l'oubli ou la redécouverte continue se trouve plutôt dans la présence ou non d'"yeux" et "voix" s'efforçant de traquer et dénoncer cette pauvreté qui s'immisce dans la société. [...] La non-visibilité peut signifier également que les silhouettes et les visages ont été littéralement effacés [et] que leur uniforme a pour effet de les rendre invisibles. - Yuasa Makoto, Contre la pauvreté
Nombreux sont les moments où Hirayama passe sous les yeux de tous : invisibilisés par la mère de l'enfant à qui il venait pourtant de retrouver l'enfant, invisibilisés par les nombreuses personnes l'interrompant dans son travail pour un petit passage express (occasion pour lui de s'adonner à de petits rictus, sans doutes amusés de la situation). L'une des rares fois où quelqu'un le remarque c'est pour s'excuser de salir son travail. Heureusement sa nièce est là pour ramener de l'humanité dans ce personnage oublié de la société contemporaine.
Le film se conclut sur un long plan rapproché lumineux venant effacer tout ombre, pourtant présentent au cœur de sa passion la photographies, où l'acteur Koji Yakusho nous fait ressentir ce qui semble être toute la pression qu'un tel homme peut ressentir : seul, effacé de la société, que l'on rabaisse à "un nettoyeur de chiotte".