Permis de tuer reste (et restera) sans doute le plus implacable des James Bond, le plus carnassier aussi, le plus proche du cynisme et de la violence qui éclaboussent, comme un trop de giclées de sang, les bouquins poisseux écrits par Ian Fleming. C'est un fait : le James Bond papier est un connard misogyne, sans cœur et désabusé, anti-héros puant l’alcool et la clope, le foutre et la sueur, peu scrupuleux et peu recommandable.

Ces traits de caractère, pas vraiment glorieux, sont décelables dans les premiers James Bond écran, Sean Connery, au moins jusqu’à Opération tonnerre, restituant plus ou moins bien ce côté mâle dominateur et arrogant. Plus tard, la partie sombre du personnage sera ignorée au désavantage d’un héros plus mainstream et plus identifiable. Roger Moore en fera une sorte de clown toujours avec un bon mot, galant et un rien précieux. Dalton reprend le rôle et montre ce qu’il a dans le ventre avec Tuer n’est pas jouer, un presque retour aux sources.

Mais c’est véritablement dans Permis de tuer que les scénaristes, enfin, osent réhabiliter la noirceur nauséabonde des romans : cœur arraché, femmes fouettées, violées et tuées, Felix Leiter mutilé par un requin affamé, corps que l’on explose, que l’on brûle, que l’on empale, que l’on mitraille ou que l’on broie (Benicio del Toro, pour son premier rôle en petite pute fracasse, fini en lambeaux de chair après s’être fait déchiqueter par une machine infernale).

Ce qui surprend surtout dans Permis de tuer, c’est ce climat inédit pour la saga. Climat réaliste et sombre irrigué par l'obsession de la revanche et du sang. Pas de méchant mégalomane (Robert Davi, tranquille et flippant), pas de gadgets improbables ni d’intrigues rocambolesques, mais une simple histoire de vengeance à froid, rêche et impitoyable. Les scènes d’action, inhérentes au genre, sont ici flamboyantes (et magnifiées par la superbe composition de Michael Kamen), et le duel final est un incroyable monument de grandeur destructrice, poursuite apocalyptique entre plusieurs monstres de métal déchaînés se terminant en véritable fin du monde.
mymp
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs James Bond

Créée

le 27 oct. 2012

Critique lue 866 fois

mymp

Écrit par

Critique lue 866 fois

14

D'autres avis sur Permis de tuer

Permis de tuer

Permis de tuer

7

Gand-Alf

2256 critiques

With a vengeance.

Cas unique à ce jour de James Bond interdit aux moins de douze ans chez nous, Permis de tuer permet à Timothy Dalton d'endosser pour la seconde et dernière fois le costume de l'agent 007. Fort...

le 9 mai 2015

Permis de tuer

Permis de tuer

8

LeTigre

793 critiques

Une vengeance très personnelle pour James Bond !

Très franchement ! Je tiens à vous le dire, je commençais en avoir ras-le-bol de cette franchise qui se dégradait minablement depuis un bon moment. Chaque film me semblait de plus en plus...

le 21 avr. 2021

Permis de tuer

Permis de tuer

8

Ugly

1826 critiques

Mission : vengeance personnelle

Après Tuer n'est pas jouer qui m'avait fortement déçu, ce second Bond de Tim Dalton est nettement plus réussi ; Tim n'a pas réussi à s'approprier le rôle, mais on le sent plus à l'aise, même s'il n'a...

le 23 nov. 2017

Du même critique

Moonlight

Moonlight

8

mymp

1219 critiques

Va, vis et deviens

Au clair de lune, les garçons noirs paraissent bleu, et dans les nuits orange aussi, quand ils marchent ou quand ils s’embrassent. C’est de là que vient, de là que bat le cœur de Moonlight, dans le...

le 18 janv. 2017

Gravity

Gravity

4

mymp

1219 critiques

En quête d'(h)auteur

Un jour c’est promis, j’arrêterai de me faire avoir par ces films ultra attendus qui vous promettent du rêve pour finalement vous ramener plus bas que terre. Il ne s’agit pas ici de nier ou de...

le 19 oct. 2013

Seul sur Mars

Seul sur Mars

5

mymp

1219 critiques

Mars arnacks!

En fait, tu croyais Matt Damon perdu sur une planète inconnue au milieu d’un trou noir (Interstellar) avec Sandra Bullock qui hyperventile et lui chante des berceuses, la conne. Mais non, t’as tout...

le 11 oct. 2015