On ne présente plus Persona, un des films les plus connus d'Ingmar Bergman, un des plus grands réalisateurs du XXe siècle. Et pourtant, il m'a laissé sur ma faim. Certes, les actrices sont toutes deux excellentes, notamment Liv Ullmann dans un rôle quasi muet. Elles inspireront d'ailleurs d'autres grands duo d'actrices comme dans Mulholland Drive. La construction des deux personnages est parfaite, tant elles s'opposent et se rejoignent sur tout. L'une est soignante, enthousiaste, souriante, chaleureuse, bavarde, blonde, lunatique. L'autre est malade, blafarde, neutre, froide, muette, brune et inébranlable. Pourtant, elles se ressemblent diablement. Les différentes phases du film amènent à différentes interprétations. Tant la tension entre l'attachement émotionnel de l'une et la distance de l'autre, ainsi que celle entre les confessions intimes d'un côté et l'écoute de l'autre font penser à une métaphore de la psychanalyse. Puis d'autres événements, comme le mari de la patiente qui parle à l'infirmière comme si c'était son épouse, le double dialogue qui montre que l'infirmière en connaît un rayon sur la vie de la patiente, ou l'empilement de leurs deux visages à la caméra invitent à penser à une double personnalité. Narcissisme et haine de soi, Eros et Thanatos, autant de concepts psychanalytiques montrés à l'écran. Tout en mentionnant subtilement le drame d'être une femme, entre culpabilité liée à la sexualité et à la maternité.
Le gros point noir, celui qui m'a fait sortir du film, est la réalisation. Les premières minutes du film, célèbres et encensées, font plus oeuvre de symbolisme aléatoire que de rationalité cachée. Entre images de la guerre du Vietnam et de vieux films, en passant par une grosse bite subliminale à la Fight Club : rien ne sera épargné au spectateur qui se demande s'il ne vaut mieux pas partir de la salle à toute vitesse. Beaucoup de références au tournage d'un film aussi, comme si Bergman voulait casser le 4e mur à tout prix ou montrer que seul le cinéma peut évoquer cette histoire particulière, viennent gêner la progression de l'histoire. Un brin vaniteux et snob. Et des choix de réalisation discutables, comme ce dialogue répété deux fois de suite, certes en changeant le point de vue. Je comprends que l'enjeu est de souligner la dualité du ou des personnages, mais c'est pire qu'un flash-back dans One Piece. A bailler aux corneilles.
Finalement, Persona, quel que soit son message psychanalytique, épouse bien les théories freudiennes : parfois des fulgurances incroyables, parfois une vanité extrême.