Dans la maison londonienne des Darling,les enfants Wendy,Jean et Michel reçoivent régulièrement la visite nocturne de Peter Pan,un garçon volant éternellement jeune,qui un soir les emmène au Pays Imaginaire où il habite.Ils vont y rencontrer des indiens,des sirènes,une bande d'orphelins appelés les garçons perdus et surtout un redoutable équipage de pirates commandé par le capitaine Crochet,un horrible personnage ayant un compte à régler avec Peter.Ah,les Disney de la grande époque,c'était quelque chose!Cette cuvée 1953 est adaptée d'une pièce du dramaturge J.M. Barrie écrite en 1904 et réalisée par un trio mythique formé de Clyde Geronimi,Wilfred Jackson et Hamilton Luske,les trois hommes ayant shooté,ensemble ou séparément,une palanquée de hits maison tels que "Les 101 dalmatiens","La belle et le clochard","Alice au pays des merveilles","Cendrillon","Fantasia" ou "Pinocchio".On trouve aussi parmi les animateurs Wolfgang Reitherman,futur grand cinéaste de la firme,ou Ub Iwerks,qui a fondé le studio avec Walt Disney,et le pool de scénaristes comprend le grand Ted Sears.De fait,le film ne dépare pas dans la prestigieuse collection des Disney vintage.On y admire la Disney's touch,cette façon unique de filmer avec une animation souple et un remarquable travail sur les expressions faciales,ainsi que le relief que prennent les personnages dans l'image,pas besoin de 3D à l'époque,qui est dû au contraste des couleurs,toutes magnifiques,entre les protagonistes et les arrière-plans,ce qui leur donne une fantastique présence à l'écran.La poésie propre à ces dessins animés est également bien présente et l'histoire est aussi délirante que clairement narrée.C'est drôle,enlevé,imaginatif et l'histoire recèle en outre un fond quasiment psychanalytique.En effet,la vérité est que Peter Pan n'existe pas et que tout ceci est fantasmé par les enfants,principalement par Wendy qui est en réalité le personnage central de l'histoire.C'est sa dernière nuit dans la même chambre que ses deux frères car c'est une adolescente qui bascule du statut d'enfant à celui de jeune fille,un moment crucial dans sa vie,celui où elle doit abandonner l'insouciance et le cocon douillet de l'enfance,avec ses contes de fées,pour se projeter dans un monde réel plus dur et quelque peu effrayant.Cette balade au Pays Imaginaire,Imaginaire n'est pas un vocable employé par hasard,est en quelque sorte l'adieu à l'innocence,le baroud d'honneur de son enfance.Le personnage de Peter,ce gamin qui refuse de grandir et qui a donné son nom à une sorte de pathologie mentale,le syndrome de Peter Pan,est le symbole de cet état que Wendy n'a pas envie de quitter,ce monde des rêves auquel elle s'accroche pour une nuit encore avant le grand saut dans l'inconnu.Mais cette évolution est inévitable et l'adolescente la ressent confusément,notamment à travers son éveil à la sensualité.Car elle est clairement amoureuse de Peter et elle est jalouse de toutes ces séductrices,la fée Clochette,l'indienne Lili la Tigresse,les sirènes,qui gravitent autour de lui.Sans doute est-ce pour cela qu'elle s'imagine être la proie de ces concurrentes qui cherchent dans le film à se débarrasser d'elle,qu'elles voient comme une concurrente,renversant ainsi le sentiment de jalousie.