Ce long-métrage adapte la pièce de J.M. Barrie, et malgré des moyens et une mise en scène clairement plus soignés que les films-packages d'après-guerre, le résultat sonne creux. Le film enchaîne les scènes sans jamais leur donner le temps de peser, un rythme qui donne moins l'impression d'un vrai récit que d'un enchaînement de morceaux de bravoure calibrés pour ne jamais ennuyer, quitte à ne rien raconter de solide entre les deux.
Le vrai problème, c'est qu'il ne se passe jamais rien qui compte vraiment. Peter et Crochet se tournent autour pendant tout le film sans le moindre enjeu réel, Crochet a peur d'un crocodile et c'est à peu près tout ce qu'on retient de lui, un méchant qui fait rire mais qui ne menace jamais personne pour de vrai. Le duel final est à l'image du reste, plus une chorégraphie sympathique qu'un vrai climax, et on en ressort sans avoir eu l'impression d'assister à quoi que ce soit d'important.
Clochette n'aide pas non plus : jalouse, capricieuse, réduite à des mimiques de dépit du début à la fin, elle n'a aucune épaisseur en dehors de sa rivalité avec Wendy. Et le passage sur la tribu indienne est tout simplement raté, des clichés balancés sans le moindre recul, présentés comme un gag inoffensif alors que ça ne l'est absolument pas. Ce n'est pas juste "daté", c'est carrément le point le plus faible d'un film qui n'en manquait déjà pas.
Ce qui manque le plus cruellement, c'est un vrai cœur émotionnel. Wendy qui refuse de grandir, Peter qui refuse de vieillir, il y avait clairement une matière à creuser sur la perte de l'enfance, et le film l'effleure à peine avant de repartir vers une nouvelle scène d'action. Contrairement à Bambi qui savait s'arrêter sur ce qui comptait, Peter Pan file tout le temps vers l'avant sans jamais se poser, et à la fin, il ne reste pas grand-chose de solide derrière le spectacle.