Je ne sais pas trop quoi penser de Peur Primale, car il y a vraiment de bonnes choses, mais j'ai l'impression que les scénaristes ont voulu épaissir leur histoire avec toute une intrigue politico-financière autour de l'Église, de l'immobilier et des luttes de pouvoir.
Certes, ça donne de la profondeur à l'univers, mais à l'écran, j'ai trouvé ça assez lourd et parfois inutilement compliqué à suivre.
Le film aurait sans doute gagné à se concentrer davantage sur le duel psychologique entre Martin Vail et Aaron.
Pour que je me fasse un avis définitif, j'ai eu besoin de remettre à plat les enjeux et les personnages secondaires :
-L'archevêque Rushman : La victime.du meurtre. Un prédateur sexuel qui abuse de jeunes garçons, mais c'est aussi lui qui finit par culpabiliser et bloquer un énorme projet immobilier (qu'il devait faire avec Shaughnessy) parce qu'il refuse de mettre à la rue des familles pauvres et catholiques. Ce retrait lui fait perdre beaucoup d'argent et déclenche la colère de Shaughnessy.
-John Shaughnessy : Le procureur général. Lui semble surtout préoccupé par les conséquences politiques et financières de cette affaire. Entre l'Église, les projets immobiliers et sa carrière, il a tout intérêt à ce que le dossier soit refermé rapidement avant que trop de choses ne remontent à la surface (il a couvert les agressions sexuelles de Rushman, le projet immobilier peut se retourner contre lui, etc.). Hélas pour lui, ça ne va pas se passer comme prévu et, à la fin du métrage, il a sûrement tout perdu.
-Joey Pinero : il est d'abord présenté comme un mafieux assez classique, il apparaît finalement comme quelqu'un qui connaît beaucoup de secrets sur ces opérations immobilières et qui pourrait faire tomber pas mal de monde. Il devient donc très gênant, surtout pour Shaughnessy.
-Janet Venable : Elle travaille pour Shaughnessy, mais a fait ses armes avec Vail avant qu'il ne monte son propre cabinet. Elle se retrouve coincée au milieu de tout ça et garde un lien émotionnel avec son ex vail.
Malheureusement, je trouve que le film ne fait jamais rien de vraiment passionnant avec cette dynamique d'ex-amants.
Et puis, il y a les personnages principaux :
-D'un côté, Martin Vail. Présenté comme un avocat star qui aime gagner, passer à la télévision et attirer l'attention. Il prétend chercher la vérité, mais ne semble être préoccupé que par sa vérité, celle qui lui permet de battre des records de victoires.
C'est d'ailleurs ce qui donne tout son sens à la phrase qu'il lâche au journaliste qui le suit au début du film : "La vérité ne l'intéresse pas, seule sa vérité compte." Pour moi, cette réplique résume parfaitement le personnage et c'est ce qui fait que le twist final fonctionne, car cette certitude va être pulvérisée par Aaron.
Car de l'autre côté, on a Aaron. Vail semble croire sincèrement qu'Aaron est innocent, c'est sa nouvelle vérité. Il construit toute sa vision de l'affaire autour de cette conviction. Il ne cherche plus vraiment à savoir ce qui s'est passé : il cherche à prouver qu'il a raison. Le problème, c'est qu'en face de lui se trouve quelqu'un d'encore plus manipulateur : Roy.
Le film est interressant grâce à ça. Toute la partie sur la double personnalité fonctionne bien parce que je me suis laissé avoir en même temps que Vail. Grâce à ça, la révélation finale est impactante : Roy révèle en gros à Vail qu'Aaron n'était qu'un personnage inventé de toutes pièces pour manipuler tout le monde et éviter la peine de mort (il avait d'ailleurs commis d'autres meurtres avant, celui de linda).
Le film laisse volontairement de petites zones grises sur certains détails, mais une chose est certaine : Roy contrôlait bien plus la situation qu'on ne le pensait.
Le vrai sujet du film glisse donc de "Qui a tué l'archevêque ?" à "Comment Martin Vail, et nous spectateurs, nous sommes-nous fait manipuler et aveugler ?"
La chute est purement psychologique. Le regard vide de Richard Gere à la fin en dit long sur son chamboulement intérieur ; cette affaire remet en question des vérités sur lui-même et sur son travail qu'il croyait immuables. Cette révélation va forcément le changer à jamais.
Par contre, comme je l'ai indiqué, le reste du film m'a moins convaincu.
La mise en scène est extrêmement classique. À plusieurs moments, j'ai presque eu l'impression de regarder un téléfilm de luxe des années 90 : c'est propre, efficace, mais pas inspiré visuellement.
L'intrigue immobilière est assez lourde à suivre et ralentit le récit.
La relation entre Janet et Vail est sous-exploitée.
De plus, le journaliste auquel Vail explique sa philosophie au début du film est un personnage purement fonctionnel. On ne sait pratiquement rien de lui, il n'a aucun impact sur l'intrigue, il est simplement posé là pour permettre au héros d'exposer sa manière de penser au spectateur.
J'ai également trouvé que certains éléments auraient mérité davantage de développement. Par exemple, le personnage d'Alex reste mystérieux. On comprend qu'il est lui aussi une victime de Rushman, mais le film ne s'attarde jamais sur lui ni sur certaines implications de la révélation finale.
Finalement, j'ai l'impression que Peur Primale est un thriller judiciaire correct qui ne s'élève au-dessus de la mêlée que lorsqu'il se concentre sur son duel psychologique central. Mais ce duel arrive peut-être trop tard. Sans Edward Norton (pour qui c'est son premier rôle) et sans ce dernier retournement de situation, je ne suis pas certain qu'on parlerait encore du film aujourd'hui.
Note : 6,1/10