Philomena n’est pas qu’une personne, c’est un secret.
Vous connaissez forcément cet univers feutré un peu oppressant de chez votre grand-mère. Cette odeur de chocolat chaud et de gâteau imprégnée dans sa cuisine ? Philomena incarne tout cela.
On nous surprend avec des films de famille que Philomena s’imagine en souvenir. Le retour en arrière est extrêmement présent en première partie du film. On peut y découvrir une jeune fille s’éprenant d’un homme, accouchant dans une douleur atroce, essayant d’élever un enfant dans une abbaye jusqu'à la scène du déchirement d’une mère voyant son enfant partir, se faire adopter. Philomena n’a rien pu faire pour le rattraper, elle était prisonnière de l’abbaye, prisonnière de Dieu, prisonnière de son péché.
Le réalisateur, Stephen Frears nous offre une femme brisée par la religion. Une religion qu’elle n’a jamais rejetée et qui finalement lui apportera l’énergie et le réconfort dont elle a eu besoin dans ses dures épreuves de vie. On comprend qu’elle n’a jamais cessé de prier pour un seul être.
La rencontre entre Philomena et Steve Sixsmith, journaliste déchu et cherchant un « bon projet de bouquin », est assez cocasse. On y décèle des leur première conversation le fossé social qui les sépare. Une petite dame irlandaise n’ayant jamais fait de remous et lui, le grand journaliste, dircom du gouvernement ayant tout accompli, tout vu et tout fait.
Philomena apaisera cette prétention et l’orgueil qu’il dégage.
Dans la recherche d’Anthony (le fils abandonné et adopté de Philomena), Martin et la vieille dame sont amenés à commencer leur recherche à l’abbaye de Roscrea, là où tout a commencé … Lors de la réunion avec la mère supérieure on sent le rejet que les sœurs créént autour du journaliste, jusqu'à le mettre à la porte.
A chaque période de réflexion, Sixmith fait de la course à pied, un large clin d’oeil avec Michael Nyqvist de Millenium. Ce film aussi est une grande campagne de placement produit. Nous y trouvons la légendaire Guinness, ainsi que BMW, BritishAirways …
C’est aux USA qu’ils poseront les valises de l’étape suivante dans leur recherche. C’est surtout aux USA que se révèlera la plus funeste des scènes que Philomena avait imaginé. A cette période elle ne cherche plus à être soutenue par Dieu et l’église, il est difficile pour elle de penser que c’est à cause de l’église qu’elle ne reverra jamais plus son fils, c’est une période de doute, une période de recherche intérieure, de remise en question de sa foi. Or ce petit bout d’irlandaise est une femme déterminée, elle va chercher à rencontrer les personnes que son fils a côtoyé. Certaines personnes ont un problème avec le passé, elle, non !
Ils découvriront, ensemble la vérité qui la libèrera de ce passé. Cette vérité est que « là où tout à commencé, l’histoire s’y est achevée ». Une boucle bouclée, à l’image de l’ouroboros, le cycle éternel de la vie transposé dans l’histoire d’une vie. Toute la nature de Philomena ressortira au retour à l’abbaye de Roscrea, une femme humble sans aucune rancune, délivrant son pardon. Une femme apaisée d’avoir retrouvé son fils, déposant la seule larme du film sur sa tombe. « L’enfant perdu de Philomena » a été retrouvé …
A retenir dans ce long métrage, c’est le génie de l’incarnation de Judi Dench dans le personnage de Philomena.
On trouve sa grand-mère à l’écran, sociable, douce, pardonnant tout et lisant des romans à l’eau de rose. Un très beau biopic, qui nous fait retourner à la réalité d’aimer les personnes proches de nous.