N'espérez pas du meurtre en série dans Photos interdites d’une bourgeoise, la bobine de Luciano Ercoli boxe en effet dans la cours du giallo psychologique. Il y est question de retournement d’esprits en série, de manipulations spirituelles particulièrement tordues, le tout orchestré en seconde intention par un allumé du bocal qui ne fait pas dans la finesse.

De quoi passer un moment sympathique, mais pas plus, il manque en effet un soupçon d’inventivité, et des enjeux un peu plus développés pour que l’histoire prenne son envol. En l’état, l’intrigue que développe Luciano Ercoli est aussi divertissante qu’elle est prévisible. Sans toutefois pouvoir anticiper le petit twist final, on parvient sans effort à reconstituer le puzzle mis en place par un cinéaste que l’on devine beaucoup plus intéressé par ses acteurs et les lumières avec lesquels il les sculpte que par l’envie de densifier un poil plus son script, lequel se cantonne donc à un petit mystère dépourvu de cadavres.

C’est dans sa mise en œuvre formelle, ainsi que la belle mise en valeur de ses personnages féminins —quoiqu’un peu sage (on se refait pas hein !)—que Photos interdites d’une bourgeoise attire l’attention. Des jeux de clair obscurs très graphiques permettent au cinéaste de faire monter la tension quand il ne joue pas avec les codes d’un érotisme suggestif, relativement singulier pour le genre, qui doit sa réussite aux deux sensuelles actrices qui le mettent en œuvre. Mais où le giallo est généralement une affaire de prises de vue en intérieur, souvent dans l’obscurité, Luciano Ercoli propose également de très jolis passages en extérieur, jouant avec la complémentarité de ses couleurs pour composer de la belle image : l’effort est des plus appréciables et permet de rendre le film très homogène.

Sans être la perle à découvrir en priorité, Photos interdites d’une bourgeoise est un titre que tout bon amateur de giallo se doit de griffonner sur sa watchlist. Outre sa forme généreuse et son petit twist amusant, chacun appréciera à sa manière la torture psychologique de l’infâme Simón Andreu (cette ganache !), la touche midinette fragile apportée avec grâce par la choupinette Dagmar Lassander, le stimulant jeu sensuel de Nieves Navarro et puis, bien entendu, vu qu’il est partout ce petit bonhomme là, la B.O. bien sentie du taulier Morricone.

-----
[6.5/10]
oso
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes L'ours, Homo Video, en 2014 et Les cycles de l'ours : Le giallo

Créée

le 6 déc. 2014

Critique lue 1.3K fois

oso

Écrit par

Critique lue 1.3K fois

16
1

D'autres avis sur Photo interdite d'une bourgeoise

Photo interdite d'une bourgeoise

Photo interdite d'une bourgeoise

6

FrankyFockers

le 4 nov. 2015

Suivre

Critique de Photo interdite d'une bourgeoise par FrankyFockers

C'est un giallo qui était très important pour moi avant même de l'avoir vu, car la bande son est l'une des plus belles pièces de l'énorme oeuvre d'Ennio Morricone. Joie : elle est formidablement...

Photo interdite d'une bourgeoise

Photo interdite d'une bourgeoise

7

Play-It-Again-Seb

le 1 juin 2026

Suivre

Giallo hitchcockien

Premier long métrage de Luciano Ercoli, Photos interdites d'une bourgeoise appartient à cette première génération de gialli qui précède encore les grandes flamboyances visuelles de Dario Argento...

Photo interdite d'une bourgeoise

Photo interdite d'une bourgeoise

7

Sophia

le 26 sept. 2012

Suivre
Dernière modification

le 26 sept. 2012

Critique de Photo interdite d'une bourgeoise par Sophia

Excellente photo, de très beau plans, l'un de mes préférés est lorsqu'elle jette la cassette à l'eau, avec ce ciel de matinée bleuté, avec des reflets rosés sur la mer, et la mini rouge contrastant...

Du même critique

La Mule

La Mule

5

oso

le 26 janv. 2019

Suivre

Le prix du temps

J’avais pourtant envie de la caresser dans le sens du poil cette mule prometteuse, dernier destrier en date du blondinet virtuose de la gâchette qui a su, au fil de sa carrière, prouver qu’il était...

Under the Skin

Under the Skin

5

oso

le 7 déc. 2014

Suivre

RENDEZ-MOI NATASHA !

Tour à tour hypnotique et laborieux, Under the skin est un film qui exige de son spectateur un abandon total, un laisser-aller à l’expérience qui implique de ne pas perdre son temps à chercher...

Dersou Ouzala

Dersou Ouzala

9

oso

le 14 déc. 2014

Suivre

Un coeur de tigre pour une âme vagabonde

Exploiter l’adversité réservée par dame nature aux intrépides aventuriers qui pensent amadouer la rudesse de contrées qui leur sont inhospitalières, pour illustrer l’attachement réciproque qui se...