Après trois premières adaptations ciné du commissaire Maigret dans les années 30 (avec trois acteurs différents pour interpréter le héros de Simenon), "Picpus" inaugure en 1942 une nouvelle suite de trois films tournés durant l'Occupation, avec Albert Préjean comme tête d'affiche dans le rôle principal.
La mise en scène est assurée par Richard Pottier (à noter un split-screen particulièrement innovant!), également réalisateur des "Caves du Majestic" en 1944, tandis que l'adaptation est confiée à Jean-Paul Le Chanois, avec l'appui de Georges Simenon himself en guise de consultant.
A l'époque cantonné aux romans policiers, les œuvres de l'auteur belge ne sont pas encore transposées régulièrement sur grand écran, comme cela sera le cas par la suite tout au long du XXème siècle, et c'est sans doute pourquoi Simenon ne se montre guère regardant quant à la fidélité apportée à son personnage, qui sous les traits de Préjean perd toutes ses caractéristiques habituelles : Maigret devient un titi parisien filiforme, adepte du coup de poing, volontiers hâbleur voire arrogant.
Admettons. Le problème de ce "Picpus" réside plutôt dans le scénario peu fluide voire incompréhensible par moments, ne laissant aucune chance au spectateur de défaire lui-même les nœuds de l'affaire, alors même que le film se présente comme un jeu de piste, une énigme à résoudre.
Une œuvre bancale et décousue à réserver aux amateurs du genre donc, qui ne vaut que par son atmosphère très années 40, et par le jeu excessivement théâtral de ses seconds rôles (Jean Tissier, Noël Roquevert, Antoine Balpetré, ou encore le zozotant Gabriello).