Eloge de la folie, éloge de la liberté, Erasme en rougirait

L’histoire est celle de Ferdinand, un bourgeois à la vie calme et tranquille il a une femme et une fille qui semblent l’aimer. Cependant, avide d’aventure et poussé par les ailes tentantes de la liberté outre mesure il s’échappe avec sa baby-sitter vers la mer, le bleu, la liberté. Lui et Marianne (la baby-sitter) choisissent de traiter le monde avec absurdité, échapper à la morale (allant jusqu’aux meurtres) et à la rationalité. Sans surprise nos protagonistes sont poursuivis mais rien ne les effraie car Pierrot (Ferdinand) comme Marianne ne craignent pas la mort ils spéculent sur elle. Plus il suit Marianne plus il s’abandonne aux joies et aux malheurs de la liberté. Elle, elle est la liberté. Elle rigole d’un monde qu’elle considère absurde. Tel le pinceau de Godard elle le colorie en bleu, jaune et rouge. Ce monde est un monde d’enfant, les soucis n’existent pas, ils les suivent mais ne les touchent pas, le savoir ennuie et les instincts priment. Son monde est bleu, vert mais aussi jaune et rouge comme la Nitramite de la scène finale. Pierrot, enfin Ferdinand c’est vrai, suit le bleu de la liberté, il l’épouse plonge dedans comme il plonge dans la mer avec la Ford Galaxie blanche. Mais en tachant son visage de la couleur azur il accepte les autres couleurs de la liberté. Car on ne peut totalement s’attacher à la liberté, celle-ci nous trompe et au final on remarque qu’il ne reste que du sang, le prix de la liberté sans saveur celle qui nous fait rire du monde et rire de l’autre… Le bleu (liberté) est recouvert par le jaune (tromperie) qui lui même est recouvert par le rouge (sang) comme la Nitramite de la scène finale. Car là est le prix d’une liberté déconsidérée… en traitant le monde comme un décors absurde on finit par en perdre le sens. Pierrot est trompé par la liberté, elle est sa porte de sortie d’un monde qui l’étouffe (sa vie avant Marianne) non pas parce qu’il n’y a pas d’oxygène mais parce qu’il ne sait pas comment y respirer. Mais cette porte est factice, trompeuse… En jouant au cavalier nihiliste et désabusé Pierrot s’ennuie, il comprend à quel point sa philosophie est rudimentaire et tente de s’en dépatter en recommençant à lire mais épris d’aventure, il replonge dans sa folie. Finalement il apprend que la liberté/Marianne n’était que simulacre, elle lui a tout pris et est partie sur un bateau le laissant seul au milieu d’un néant de remorts occultés par sa folie. Pour mettre fin à ce calvaire il lui faut du rouge. C’est Camus qu’il aurait dû lire, le monde n’est pas absurde quand on lui donne un sens : le bonheur.

Eidôlon d’éloge libertarienne ce film est un cheval de Troie pour le mouvement nozickéen. La liberté de traiter le monde comme un décors n’apporte que solitude, trahison et mort. Ferdinand est un homme malheureux tenté d’être Pierrot (car bien qu’il répète ne pas s’appeler Pierrot il suit jusqu’au bout du monde la voix qui l’appelle Pierrot). Et Pierrot est un Caligula des temps modernes. Mythe d’Icare réinventé, il se sent intouchable, costaud, héroïque, libre comme un dieu...

Mais il meurt de façon ridicule comme un humain. Pierrot est l’ancêtre de Tommy de Vito, de Tony Montana, de C.F. Kane, de Daniel Plainview… de tous ces hommes qui n’ayant plus les pieds sur terre finissent sous terre.


black_dune
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le 24 juin 2025

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