Plongée féroce dans les tréfonds de la misère humaine. Misère matérielle dans le labyrinthe des ruelles obscures et bétonnées qui soustraient aux regards de ceux qui courent hors de ce dédale les vies entravées de ceux qui y piétinent. Misère affective quand l'urgence de la survie interdit l'émotion pourtant humanisante. Là dans ce décor sans pitié ni compassion agit un homme Kang-Do également sans pitié, ni compassion dont l'activité consiste à récupérer pour le compte d'usuriers les dettes contractées par des personnes au désespoir. Violent, implacable, glacial il accidente ceux qui ne peuvent payer dans les délais imposés afin de récupérer l'argent des assurances. Être solitaire dont la vue seule suffit à provoquer l'effroi parmi les malheureux auxquels il se présente, nous suivons cet homme détaché de toute son humanité. Automate sans âme, sociopathe reconnu qui ne déviera jamais de sa mission car elle lui permet d'assouvir ses pulsions de violence sur des individus fragilisés.
Lorsqu'un jour une femme mystérieuse s'insinue dans sa vie réglée et se présente comme étant sa mère, revenue afin d'obtenir de lui son pardon pour l'avoir abandonné bébé. D'abord agacé Kang-Do lui réserve un accueil digne de sa réputation, puis c'est l'incrédulité devant l'affirmation que lui fait cette femme qui pourtant insiste et qui détail troublant semble connaitre des éléments de la vie de Kang-Do qui vont petit à petit lui faire baisser sa garde. Il va tolérer la présence de cette femme, mais tout en restant méfiant quant à sa prétendue identité, il va la tester, parfois jusqu'en usant de méthodes aux limites de la torture psychologique.
Mais alors que la confirmation ou la négation de ce qu'affirme être cette femme n'est jamais tranché, se noue entre ces deux êtres une relation ambigüe, avec d'un côté un homme dont le plus clair des activités reste la violence à des fins cupides mais qui depuis l'arrivée de cette femme jouit aussi de moments de douceur, voire de tendresse et de l'autre cette femme justement qui parait emprunter un chemin de rédemption exigé par l'abandon de son enfant mais qui de par sa présence de tous les instants fait réaliser à cet homme l'horreur de son quotidien.
Tandis que le trouble gagne tout autant les personnages que le spectateur, et que l'apparente inaltérabilité tant physique que mentale de Kang-Do se lézarde de plus en plus, la femme elle au contraire parait de plus en plus intraitable et cette bascule d'abord infime puis de plus en plus évidente va alors marquer le début du second acte dans lequel les intention véritables de cette femme vont se faire jour et emmener cette intrigue sur des terrains de vengeance que je vous laisse découvrir.
Film d'atmosphère très troublant, dont le titre renvoie à cette idée de mater dolorosa éplorée sur le corps de son fils sacrifié pour la rémission des pêchés de l'homme, mais dont le récit va inverser la symbolique habituellement admise de cette figure catholique, de la mère protectrice et inconditionnelle.
Je ne sais pas si c'est la meilleure porte d'entrée pour le cinéma de Kim Ki-duk, mais c'est la mienne et l'expérience a été assez bonne pour me donner envie de voir d'autres films de ce cinéaste. N'est ce pas là l'essentiel ?