Il me semble que nos goûts cinématographiques prennent, pour beaucoup, racine dans l'enfance et l'adolescence. Les films que nous découvrons alors façonnent notre imaginaire, forgent notre sensibilité esthétique et déterminent, souvent sans que nous en ayons conscience, ce que nous attendrons du cinéma tout au long de notre vie.
Pour moi, Planète interdite, de Fred M. Wilcox, fut l'une de ces révélations. Je me souviens encore de ma première découverte du film dans le cadre de La Dernière Séance. J'en étais ressorti émerveillé. Certaines scènes m'avaient fait sourire, d'autres m'avaient véritablement inquiété, et je n'avais sans doute pas compris grand-chose aux enjeux de l'histoire. Peu importait : Planète interdite m'avait fasciné.
Aujourd'hui encore, je prends un immense plaisir à le revoir. D'abord parce qu'il possède ce charme inimitable de la science-fiction hollywoodienne des années 1950. Tourné en Cinémascope et en Technicolor, le film donne l'impression de feuilleter les pages d'une bande dessinée de l'âge d'or. Les couleurs éclatantes, les décors stylisés et les compositions de cadre confèrent à l'ensemble une beauté presque irréelle.
Les effets spéciaux, évidemment datés, n'ont rien perdu de leur pouvoir d'évocation. Leur naïveté apparente participe même à la poésie du film. Il en va de même pour les costumes, extravagants et peu soucieux de réalisme, mais qui contribuent pleinement à l'identité visuelle de cette œuvre. Tout y respire une époque où l'imagination primait encore sur la vraisemblance.
Impossible également d'évoquer Planète interdite sans parler de Robbie le Robot. Bien plus qu'un simple compagnon mécanique, il incarne à lui seul une part de la magie du film. Tour à tour drôle, attachant et mélancolique, il apporte une touche de fantaisie qui ne cesse de me séduire. J'avoue d'ailleurs rêver encore d'avoir un Robbie à la maison.
Mais au-delà de son esthétique, Planète interdite est surtout une authentique œuvre de science-fiction. Sous les atours du film d'aventures spatiales, il interroge les limites du savoir, les pulsions inconscientes et les parts les plus obscures de l'humanité. C'est précisément cette richesse qui lui permet de traverser les décennies sans perdre de sa force.
Il est probable que Planète interdite soit le premier film de science-fiction que j'aie vu à la télévision. Pour l'enfant que j'étais, cette découverte fut déterminante. Aujourd'hui encore, chaque visionnage réveille intact cet émerveillement d'origine. C'est sans doute le plus beau privilège des grands films : ils continuent de dialoguer avec l'adulte sans jamais cesser de parler à l'enfant qui les a découverts.