S'il existe une filmographie très fournie de la guerre du Vietnam, Platoon donne à voir l'enfer vert dans toute sa trivialité. Moustiques, boue, napalm, le programme est simple : les frères d'armes sont en terrain hostile. C'est ici un combat intransitif qui est livré, sans que jamais n'apparaisse les buts d'une guerre réduite à sa plus simple expression : tuer ou être tué, no more.
La guerre comme désillusion pourrait être la baseline d'un film où Taylor, engagé volontaire pour servir son pays, découvrira, à plus de 10.000 km de sa maison, ce que peuvent faire et devenir des hommes plongés dans une situation hors norme. Combien la tension extrême exercée par des ennemis nombreux et déterminés, la promiscuité et l'inconfort, conduisent les hommes à piller, incendier, violer, torturer, et parfois tuer l'un des leurs.
Platoon n'est pas un film binaire qui séparerait le conflit entre gentils soldats US et méchants Viet Congs. Oliver Stone met en image un vécu qui ne l'autorise pas de faire dans la caricature. Platoon est un film de vrais héros, c'est-à-dire de héros dépourvus d'héroïsme. Mais Platoon n'échappe pas toujours au démonstratif. La (très) belle bande originale venant par moment surligner ce qui n'a pas besoin de l'être. L'intention du cinéaste est ici et là un peu trop présente, relayée par le jeu d'acteurs des deux rôles principaux Charlie Sheen (Taylor) et Tom Berenguer (Barnes) dont les personnages manquent de subtilité. Coté distrib, on retiendra quand même Willem Dafoe, Forest Whitaker et Johnny Depp qui sonnent bien plus juste.
Platoon est enfin une performance technique d'une redoutable efficacité narrative. Tout est précis, rien n'apparait bricolé. Sous le feu ennemi, les scènes de combat sont dantesques et si on a la chance de le voir sur grand écran, on peut surprendre les plus lucides d'entre nous en train de vérifier qu'un Viet n'est pas caché sous le canapé.