Mais quel titre de babos de merde ! En même temps, quelle autre impression générale tirer de cette oeuvre sans concessions ? La guerre du Vietnam a été traitée de bien des façons au cinéma. Platoon s'inscrit comme un film brutal et dérangeant sur cette sombre page historique. Enrôlé volontaire dans ce conflit 20 ans auparavant, Oliver Stone y dévoile son point de vue personnel, à hauteur d'homme.


Dans Platoon, la violence et le chaos des situations explosent à la figure grâce à une caméra placée au coeur d'une division d'infanterie. Seule la musique imparable de Samuel Barber et les propos tirés des lettres du jeune Taylor, personnage central et incarnation du réalisateur, permettent d'aérer l'oeuvre et de prendre un peu de recul dans ce chaos généralisé.


"Cause it's politics, man, politics..." : à l'image de cette phrase générique répétée par un soldat, les jeunes protagonistes n'ont globalement aucune idée de ce qu'ils foutent à marcher toute la journée armés de M16 dans un pays si peu familier où il y a définitivement trop de moustiques. Le film met un point d'honneur à rester au niveau d'analyse du troufion lambda, généralement pauvre et peu instruit comme le décrit Taylor. La vision de Taylor, lui-même issu d'une classe plus aisée que ses copains, permet néanmoins une lecture plus analytique sur ce qui l'entoure, même si parfois un peu lourde et attendue. Si celui-ci prétend "vouloir se battre pour son pays", il avoue s'être surtout porté volontaire pour tromper l'ennui d'une vie déjà toute tracée.


Ainsi, pour les soldats présents, il n'est jamais question d'un idéal politique ou de valeurs à défendre. Une fois placés dans le conflit, la principale préoccupation est de rentrer, si possible tout entier, chez l'oncle Sam. Le décompte des jours restants devient alors crucial et source inépuisable de comparaison. On est ici bien loin de tout sentiment héroïque ou patriotique à l'image de ce soldat se blessant volontairement pour espérer être congédié et rentrer au plus vite chez maman. Les soldats américains apparaissent fatigués et pathétiques, usant dès que possible de drogues, ou d'alcool, selon l'école, pour supporter l'âpre réalité. La hiérarchie n'est pas non plus épargnée, incarnée ici par un jeune lieutenant bleu sorti de l'école sans aucune expérience ni autorité, complètement dépassé par les événements.


A la fatigue physique et psychologique, s'ajoute la paranoïa engendrée par un ennemi difficilement saisissable. Cette confusion mentale explose au grand jour lors du passage marquant de l'invasion du village Viet, à partir duquel survient le déchirement, point central du film développé dans sa seconde partie. Fatiguée et pathétique, l'armée, tout comme le soldat, sont alors gangrenés par une guerre intérieure. L'opposition manichéenne entre Elias, soldat ayant conservé une part d'humanité, et Barnes, soldat machine déshumanisé, exprime ici le déchirement moral de ces hommes confrontés à une violence inconcevable.


En retranscrivant son expérience personnelle du conflit, Oliver Stone nous place au coeur d'une sale guerre dont les jeunes soldats sont livrés en pâture au chaos et à la mort. Très loin des visions politisées ou stratégiques du conflit, Platoon est un film sans héros. Un film sur des gamins dépassés par la situation, marqués à jamais.

Barns
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le 23 oct. 2016

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