A priori le parallèle entre Mission et Platoon est difficile à faire. Mais on peut quand même avancer sans trop se tremper que ces deux gros pétards mouillés sortis en 1986 ont ceci en commun qu’ils sont parvenus à marquer une époque, tous âges confondus (parents et enfants des eighties s’en souviennent très bien, et en gardent souvent une image flatteuse). Le problème c’est que vingt cinq ans plus tard, ces deux films semblent bien balourds, et surtout, ils passent complètement à côté de leur affaire.

Grosse bévue cannoise de 1986, la palme d’or décernée à Mission a en effet de quoi surprendre : l’affrontement De Niro / Irons, alors que les deux acteurs sont dans leur âge d’or, tourne très court, la faute à une psychologie de personnages pour le moins simplette et exacerbée : qui peut croire un seul instant qu’un mercenaire froid et dur comme la pierre puisse passer en 2-2 du côté de ceux qu’il a tant brimés ? Quant au missionnaire Irons, son aveuglement en fait plus un être borné qu’un martyr comme Joffé en rêvait certainement (cf. la scène finale pour le moins démonstrative). A cela ajoutez que les Indiens y sont représentés comme un peuple sous développé, assisté et content de l’être, façon « rien de tel qu’une bonne évangélisation pour ces braves sauvages »… Message clair du film et pour le moins dérangeant. Restent la musique de Morriconne, dans le coup, comme souvent, et ces paysages formidables. Bref, un gentil roman photo, rien de plus.

Platoon souffre aussi d’une psychologie pour le moins sommaire et de symboliques trop appuyées (ah ce pauvre Dafoe, bras en croix, ça reste dans le crâne ça !). Et difficile de croire en un Charlie Sheen trop décidé à marcher sur les pas de son père, dont le visage poupon évoque plus la jeunesse dorée reaganienne que la fragilité. D’autant plus difficile d’y croire quand on a revu Hot Shots 2 entre temps ! Il y a des rôles qui marquent à vie, mais ce ne sont pas toujours ceux qu’on pense… Hum. Et à la folie destructrice de Tom Beranger mué pour l’occasion en criminel de guerre, on préférera sans comparaison possible celle d’un Dennis Hopper dans Apocalypse Now. Autre point commun avec Mission, la musique qui reste dans la tête : ici le fameux adagio pour cordes de Barber qui clôture en beauté un film somme toute assez anecdotique. Voilà ce qui demeure de ces deux films américains du milieu des années 80 : des martyrs de pacotille et de beaux accompagnements musicaux. Bof.

Francois-Corda
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le 16 sept. 2018

Modifiée

le 6 juin 2024

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François Lam

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