Platoon est un film de guerre radical.
Dès son ouverture, tout est annoncé : des soldats fraichement engagés sortent de l'obscurité, d'un avion s'ouvrant sur eux comme une mâchoire prête à les engloutir, font leurs premiers pas sur le sol vietnamien, éblouis par le soleil écrasant, et ont pour première vision des corps emballés dans des housses noires, qui bientôt prendront leur place pour rentrer au pays.
Le film se résumera à cette plongée dans l'enfer et ne s'en retirera à la fin que par les airs dans un final qui renoue enfin avec la lumière.
Oliver Stone, par son scénario solide, documenté, car sentant le vécu, et sa mise en scène de terrain s'éloigne de tout fantasme de la guerre ; la violence y est crue, la crasse, l'enfer de la jungle, le climat, tout y semble vrai. Ici pas de musique, pas de récit grandiloquent d'amitié masculine, pas de parabole sur l'entraide et l'honneur au combat, pas de femmes, pas de famille, pas de retour au pays, pas de musiques entrainantes.
On sent dans ce grand film de guerre, efficace et réaliste, la patte d'Oliver Stone qui creuse un peu plus son style engagé, gonzo, comme en guerre, découvert avec Salvador, l'année précédente. Avec Platoon, le réalisateur produit un de ses films les plus personnels. On sent dans chacune des scènes, dans leur réalisme, dans la description minutieuse des comportements humains à la dérive, le regard de Stone soldat, 18 ans auparavant.
Stone fut tyrannique sur le plateau, les comédiens durent réaliser un stage militaire intensif avant d'enchaîner directement avec le tournage, leurs rôles de cinéma se confondant alors avec leur personne (Charlie Sheen dira même "Encore maintenant, quand je fume, je pense à Platoon.").
L'impératif était nécessaire : tout devait être le plus juste, le plus éprouvant, afin de mieux coller à la réalité, au vécu. Car Platoon est un film de mémoire, un film vital, un film pour ne pas oublier et pour témoigner, qui nous dit en substance beaucoup sur le soldat devenu grand réalisateur.
Ce n'est qu'ensuite, lors d'une carrière plus politique, que Stone se penchera sur les conséquences de cette guerre.
Mais en 1986, le besoin de raconter était là, trop vivace. De raconter une guerre d'une cruauté et d'une gratuité rare, de décrire cette machine à déshumaniser, de montrer ce conflit plus interne que politique.
Car le vrai ennemi ce n'est pas le Viêt Cong, c'est le monstre en chacun de nous.