Attention ! Film de guerre faisant l'effet d'une bombe !
A tel point que justifier cette affirmation équivaut à être assez vexant vis-à-vis de Coppola ("Apocalypse now"), Cimino ("Voyage au bout de l'enfer"), Hasby ("Retour"), Ketcheff ("Retour vers l'enfer")...
Et même carrément méprisant vis-à-vis de Cosmatos ("Rambo II") ou Zito ("Portés disparus") qui, eux, ont falsifié l'Histoire !
Oui, même aux premiers nommés, quand est sorti "Platoon", on pouvait rétorquer qu'il restait encore à faire LE FILM américain sur la guerre du Vietnam !
Il y a toutefois un point commun entre "Platoon" et les premiers films cités au début. En fait, on n'en finit pas de se demander s'ils sont censés exorciser ou au contraire entretenir le sentiment de culpabilité dans la conscience collective américaine.
Toujours est-il que le public d'Outre-Atlantique, dans sa grande majorité, a été en état de choc devant les séquences de ce film. Certainement parce qu'Oliver Stone, lui-même vétéran rescapé du bourbier vietnamien, propose la description la plus véridique de l'enfer au quotidien qu'ont vécu des milliers de G.I.'s. Ce sont bien ses souvenirs cauchemardesques qui authentifient le personnage narrateur, Chris Taylor. Jeune recrue volontaire (!) que l'on suit pas à pas durant les quinze mois où, sur le mode initiatique, il va faire l'apprentissage de la "sale guerre" (Dirty war) sous ses aspects les plus ignominieux.
Car en 1967-68, près de la frontière cambodgienne, au coeur d'une jungle oppressante où se multiplient les pièges naturels et les embuscades des Vietcongs, les notions de Bien et de Mal étaient abolies. C'était pour les soldats américains, ayant muté en "bidasses en folie", le temps de tous les égarements : haine instinctive et délire meurtrier (y compris entre eux !) ; hantise de la mort et obsédant dégoût de soi. La drogue comme palliatif...
"On se battait autant contre nous-mêmes que contre l'ennemi", conclut le jeune Chris avant le mot Fin. Allusion flagrante au doute qui, une dizaine d'années après, hantait le peuple américain. "Notre histoire", affirme en images crues Oliver Stone, parlant ainsi au nom de tous ses camarades de combat.
La force de témoignage de son film est telle que l'on hésite à mettre en avant les prouesses de mise en scène et la qualité d'interprétation qui font pourtant de "Platoon" un authentique chef-d'oeuvre cinématographique. Impressionnante dénonciation de la guerre en général, il s'est d'ailleurs retrouvé présent sur tous les fronts pour les Oscars (8 nominations) !