C'est une vision bien noire et désabusée du sport, et de la boxe en particulier, que nous offre Mark Robson. Aussi désabusée que le regard triste et fatigué que Bogart pose sur cette vermine mafieuse sans scrupules et obsédée par l'argent qui grouille autour des pauvres boxeurs naïfs.

Robson crée un contraste saisissant entre, d'un côté, le regard de plus en plus écoeuré et la fatigue - réelle - de Bogart, et de l'autre, la volubilité et l'énergie infatigable de Steiger.

Le contraste entre leurs jeux d'acteur est tout aussi saisissant. La confrontation entre le jeu extrêmement sobre et introverti de Bogey et le jeu très extraverti et volcanique de Steiger fait merveille. On a l'impression que Bogart, fatigué par sa maladie, ne fait plus qu'un avec son rôle de journaliste las des magouilles. C'est horrible à dire, mais sa maladie sert le rôle.

C'est très poignant de voir l'un, presque fantômatique, en train de partir (c'est son dernier film), alors que l'autre, beaucoup plus jeune, est en pleine ascension.

Dans le rôle du chef du syndicat de la boxe Nick Benko, chic par ses costumes mais vulgaire par son comportement, Rod Steiger fait un grand numéro. Il est magnétique dans chacune de ses scènes et capte toute l'attention par son regard, son langage corporel et sa verve. Son Nick Benko est un parfait mélange de vulgarité crasse, de séduction, de brutalité et de cynisme. Un des sommets de sa carrière.

Le film prend souvent des allures de documentaire, comme dans cette longue séquence où un journaliste interviewe dans la rue un ancien boxeur édenté qui n'a plus toute sa tête , séquence qui m'a beaucoup rappelé le sketch dérangeant du boxeur avec Gassman et Tognazzi dans "Les Monstres". Robson nous fait visiter les coulisses de la boxe, mais du côté sombre : la "fabrication" des boxeurs, les matches truqués, les tractations entre les managers et le syndicat, les "sanctions" pour les boxeurs récalcitrants, le truc (douloureux) de la paille de fer sous le protège-dents...

Par son duo d'acteurs tout en contrastes et sa vision noire et réaliste des coulisses du sport, "Plus dure sera la chute" reste un film fort et important.

Mairrresse
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le 12 oct. 2025

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