La façon qu’a Podium, adaptation cinématographique du roman de même titre, de reconquérir une vérité à partir de fictions, individuelles et collectives, nécessaire au vivre-ensemble – ici, la vie de famille jusqu’alors ébranlée par la vocation du père – procède par un double mouvement, contradictoire en apparence, de radicalisation de l’imitation, la vedette renouant avec costumes, danseuses et tournée jusqu’à la compétition finale, et de démystification de la démarche adoptée par Bernard Frédéric, comme nombre de sosies : il s’agit de donner du sens à un artiste dont les œuvres permettent, en retour, de donner du sens à la vie de son public (« Et dans ta voix, j’entends parfois un peu sa voix », ainsi que le dit la chanson). Une telle réflexion sur l’interdépendance du créateur et des spectateurs n’est pas sans rappeler le jugement esthétique formulé par Pierre Corneille selon lequel le succès public d’une pièce dit quelque chose de sa valeur intrinsèque, et offre à terme un rachat positif du protagoniste qui semble trouver, dans les mots d’un autre que lui et que l’autre qu’il interprète au quotidien – puisqu’il chante Julien Clerc –, un terrain d’entente et de stabilité, après une vie d’adulte passée à faire semblant, maison témoin à l’appui.
La mise en scène surprend par son inventivité et par sa précision, compose quelques moments de cinéma mémorables : la danse fantasmée dans les bureaux de la banque dont la linéarité est fracturée par le split screen, le duo entre Claude François et Bernard Frédéric à partir d’une séquence d’archive retouchée à l’aide d’effets spéciaux – le résultat est saisissant –, la chorégraphie entreprise sur le parking désert d’une zone commerciale plongée dans la nuit, avec comme seules lumières les lettres colorées d’une grande enseigne de magasins de jouets… Yann Moix ne transpose pas son roman, il l’adapte et trouve là l’occasion de prolonger sa réflexion sur la célébrité médiatique en y intégrant une douceur inattendue.