Ce documentaire d’1h30 nous replonge dans l’année 1975 en mettant en parallèle des extraits de films américains de cette année-là et les évènements qui se sont produits. Et ça a été une année troublée pour les États-Unis, entre le scandale du Watergate qui a conduit à la démission du président Nixon, la chute de Saïgon, la crise économique s’installant à la suite du 1er choc pétrolier, la ville de New-York en faillite ou encore un racisme très fort dans une grande partie du pays, qui aboutira au phénomène court mais marquant des films de la Blaxploitation. Le cinéma s’est donc fait le reflet de cette époque agitée avec l’explosion de jeunes réalisateurs comme Spielberg (« Les dents de la mer »), Scorsese interviewé récemment (« Alice n’est plus ici » en 74 et « Taxi Driver » en 76), Coppola et « Le Parrain 2 » (1974) ou encore Roman Polanski avec son « Chinatown ». Je ne crois pas que Michael Cimino soit cité et pourtant il le mérite (« Thunderbolt and Lightfoot» en 74). La porte avait été bien entrouverte par des réalisateurs comme Dennis Hopper et son « Easy rider » ou encore Arthur Penn, quelques années auparavant ("Bonnie and Clyde" 1967). Ces réalisateurs novateurs s’appuient sur une nouvelle génération d’acteurs et d’actrices qui remettent en cause les règles strictes du « vieil Hollywood », Pacino, De Niro, Nicholson, Warren Beatty, Dustin Hoffman, Ellen Burstyn ou encore Faye Dunaway.
Tous mettent en place un jeu plus instinctif, intériorisé, et veulent privilégier l’émotion viscérale, brute. Le cinéma devient alors plus violent. Le plus intéressant est la mise en parallèle d’extraits de films avec les actualités de l’époque, l’un répondant à l’autre : on voit Dustin Hoffman critiquer les Oscars, en parler comme une cérémonie « obsolète ». Sinatra lui avait répondu vertement lors d’une remise de prix très tendue ; John Wayne avait piqué en coulisses une grosse colère contre un producteur qui venait de gagner une statuette et avait salué le peuple vietnamien dans son discours…La narratrice est ici Jodie Foster ce qui ne gâte rien, au contraire. Maintenant, « point de rupture » comme le promet le titre clinquant "à la Netflix" ? 1975 serait-elle à placer au même niveau que 1914 ou 1939 ? Évidemment non. C’est une année importante mais, je l’ai dit, dès la fin des années 60, le « nouvel Hollywood » avait ouvert la voie. Et puis parler de 1975 permet peut-être aussi d’évoquer 2025 et la crise globale que connaissent actuellement les États-Unis avec une remise en cause des libertés et des droits humains comme le pays n’en avait jamais connu depuis 1945.