Polyester n’est pas qu’un film, c’est une expérience multisensorielle où l’Odorama remplace la dialectique et où chaque plan sent la moquette humide. John Waters y applique la méthodologie du soap opéra bourgeois (adultère, alcoolisme, enfants dévoyés) puis la désosse avec un scalpel poisseux pour exposer l’entropie morale de la banlieue américaine. On est à mi-chemin entre un épisode de Dynastie qui aurait mal tourné et un exposé sociologique sur les formes molles du rêve américain.
Une esthétique de la naphtaline décomposée
La mise en scène imite les codes visuels et narratifs du mélo télévisuel pour mieux les parasiter. Les décors sont trop propres, les costumes trop repassés, les dialogues tellement chargés de pathos qu’ils deviennent performance conceptuelle. C’est l’art du mauvais goût savant : plus c’est vulgaire, plus ça dit vrai.
Divine, théoricienne du grotesque appliqué
Dans le rôle de Francine Fishpaw, Divine déploie une palette émotionnelle qui ferait pleurer Brecht. Elle transcende le simple pastiche pour livrer une performance d’ethnographe domestique, cartographiant les affects d’une femme au foyer en décomposition sociale. Ses cris sont des manifestes, ses larmes, des notes de bas de page à l’histoire du féminisme camp. Elle n’interprète pas Francine, elle l’absorbe et recrache la banlieue entière avec son rouge à lèvres.
La crasse comme outil herméneutique
Sous la surface grotesque, Polyester parle d’aliénation, de marginalisation et de la violence invisible de la norme. Waters ne filme pas ses freaks comme des exceptions : il montre que la monstruosité est déjà dans la norme, qu’il suffit de gratter la couche de Febreze.
Verdict :
Polyester est une étude de terrain filmée à travers un filtre rose fluo et une odeur de pneu brûlé. Un chef-d’œuvre du mauvais goût érudit où Divine règne en impératrice ethnologue du kitsch, et où chaque gag est un article de sociologie populaire.