Pompoko est connu pour son propos écologiste, qui peut peut-être paraître naïf pour certain-e-s militant-e-s écologistes radicaux/radicales.
Mais au-delà de ça, Pompoko propose aussi une réflexion sur (entre autre) le militantisme en général. En effet, il ne faut pas oublier que ,comme son collègue Hayao Miyazaki, Isao Takahata est communiste. Né en 1935, Il a vécu à l'époque du Zengakuren et plus tard du Zenkyoto (organisations étudiantes communistes et anarchistes).
Les casques des Tanuki, rappellent ceux des militant-e-s japonais-e-s de 1968-69, et l'histoire de Pompoko fait écho à celle de l'histoire de l'aéroport de Narita :
La communauté rurale de l'époque, menacée d'expropriation par l'état, occupa le chantier et affronta la police à plusieurs reprises.
Dans Pompoko, les Tanuki peuvent être divisés en 3 catégories militantes :
-(1)Les violent-e-s, qui veulent utiliser l'action directe et la magie contre les ouvriers, de manière létale si il le faut.
-(2)Les non-violent-e-s, qui eux aussi utilisent l'action directe et la magie, mais pour effrayer sans blesser ni tuer les ouvriers.
-(3)Les radicaux pacifiques (dominés par les anciens mâles), qui désapprouvent les méthodes des deux autres groupes, et qui voudraient revenir au temps où les humains vénéraient les Tanuki.
Ce que l'on peut remarquer, c'est qu'aucun de ces groupes ne s'attaque à la tête du serpent, mais préfèrent s'en prendre aux petites mains: les ouvriers. Du coup, et ce malgré leurs victoires initiales, les ouvriers sont toujours remplacés et le chantier finit par progresser.
Le troisième groupe convainc alors le deuxième de participer à une ultime action: la parade des monstres qui est une impressionnante manifestation pacifiste, sans aucun "débordement".
Cela fait penser à la récupération des Zengakuren par le parti communiste japonais, qui fit tout pour lisser les actions des étudiant-e-s, leur imposer la non-violence ainsi que de leur retirer leur capacité d'auto-organisation, détruisant ainsi un mode d'organisation anti-autoritaire à la fois très populaire et très efficace.
La parade est un succès, jusqu'à ce que le propriétaire du parc d'attraction Wonderland passe à la télévision, revendiquant la parade comme sienne.
Cela signe la défaite des Tanuki, qui finissent soit par mourir, se suicider ou "s'adapter" à la société urbaine qu'ils ont précédemment combattu, les transformants en consommateur/consommatrices lambda.
Ce que Takahata nous dit, c'est que si les militant-e-s ne sont pas capable de sécuriser leurs victoires initiales (que se soit par la violence ou pacifiquement), et se laissent cadrer par le "pacifisme radical" qui ne supporte aucun autre mode de militantisme que le sien, leurs efforts seront incapables d'apporter des changements profonds et la victoire désirée. Pire que ça, leurs victoires finiront par être récupérées par le capitalisme, ici pour vendre des places de parc d'attraction.
Pompoko est l'histoire, beaucoup trop répandue, d'un militantisme qui se cristallise autour de la dichotomie fictive entre le militantisme violent et non-violent. Dichotomie qui finit par tuer la solidarité initiale entre les militant-e-s et qui mène à la défaite de tous et toutes.
Pompoko est une œuvre qui porte un regard pessimiste sur l'avenir, nous suppliant de ne pas refaire les mêmes erreurs que nos aîné-e-s, sans trop y croire.
A nous de donner tort à Takahata.