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L'appât du mal
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le 2 mai 2014
Résumé : De retour d’un voyage d’affaires, Mark espère retrouver sa femme, mais elle lui annonce son intention de divorcer. Tandis qu’un amant s'immisce dans leur vie, la détresse hystérique d’Anna entraîne le couple dans une spirale infernale. Pensant à leur enfant, Mark tente de percer le mystère du comportement de sa femme.
Histoire : Après l’arrêt brutal de son précédent film par le régime en place, le réalisateur imagine l’histoire de Possession en errant dans les rues de Varsovie. Interdit de tourner dans son pays, il part aux États-Unis pour écrire le scénario. Grâce à l’aide d’une productrice française et à une coproduction avec la Paramount, le projet voit enfin le jour. Dès le départ, le cinéaste pense à Isabelle Adjani pour le rôle principal, mais celle-ci refuse d’incarner une mère. Par un heureux hasard, il engage son mari de l’époque, qui parvient à la convaincre. Elle accepte le rôle. Il choisit Sam Neill pour lui donner la réplique, sans prévoir de répétitions et il découvre que la folie des deux acteurs transcende son film. Avec un budget limité et juste assez de pellicule pour tourner en une seule prise, l’organisation doit être millimétrée. Le tournage, très exigeant, a lieu à Berlin. Lorsqu’un technicien venu d’Hollywood arrive pour fabriquer le monstre, on lui annonce qu’il devra être prêt pour le lendemain, bien que les prises liées à la créature dureront deux jours. Réalisé avec un budget de 2,4 millions de dollars, le film en rapporte 6 millions. Isabelle Adjani reçoit le César de la meilleure actrice et le film est interdit aux moins de 18 ans lors de sa sortie en salles.
Équipe : Coécrit et réalisé par Andrzej Żuławski, connu pour La Femme publique. Produit par Marie-Laure Reyre (L’Effrontée). Musique d’Andrzej Korzyński (La Fidélité). Effets spéciaux signés Carlo Rambaldi, célèbre pour Rencontres du troisième type. Au casting : Isabelle Adjani, Sam Neill et Heinz Bennent.
Avis : Un classique glacial et hypnotique, porté par une mise en scène maîtrisée au cœur du chaos d’un couple en rupture. La violence s’y déchaîne dans une fureur quasi surnaturelle, sublimée par des performances d’acteurs inoubliables. Cette descente aux enfers mêle domination, folie et pulsions destructrices dans une expérience cinématographique aussi dérangeante que fascinante.
Critique : Dès son générique bref et sec, Possession installe une tension viscérale, plaçant un couple en pleine rupture sur le trottoir d’un Berlin froid et désincarné. Le récit s’enclenche sur une crise conjugale d’apparence banale, qui dégénère en un torrent d’émotions, de trahison et de paranoïa. Le mari, bouleversé, quitte son travail pour tenter de sauver un quotidien familial rongé par la suspicion. La mise en scène, d’une intensité rare, nous entraîne dans une spirale de fureur et d’étrangeté, rythmée par des dialogues incendiaires et des confrontations de plus en plus hallucinées. Le réalisme initial glisse peu à peu vers un territoire presque surnaturel, où la folie devient langage, et la douleur, spectacle.
Ce basculement est porté par des interprétations à couper le souffle. Isabelle Adjani et Sam Neill incarnent un couple déchiré avec une intensité brute, insoutenable. La dynamique de domination et de soumission, la rage, les cris et les gestes incontrôlables s’enchevêtrent dans une chorégraphie de démence. Żuławski déploie un imaginaire visuel audacieux, où chaque plan semble frôler le gouffre d’un délire romantico-monstrueux. La violence psychologique se double d’une horreur organique, rendue terriblement spectaculaire par les effets sanglants de Carlo Rambaldi. Le film multiplie les ruptures de ton, les visions cauchemardesques et les retournements, pour offrir un panorama vertigineux de la séparation et de la destruction intérieure.
L’intrigue s’enfonce dans l’abîme pour livrer un dernier acte d’une noirceur totale. La rage contenue explose, les personnages sombrent sans retour dans une folie métaphysique, et le film s’achève comme un cauchemar assumé. Le symbolisme s’accroît sans jamais écraser l’émotion brute. Possession transcende le film de rupture pour devenir une expérience sensorielle extrême, un rituel cathartique, une œuvre viscérale et dérangeante mais singulière. Une traversée infernale, inoubliable, violente et presque magnifique dans sa manière de tout livrer, jusqu’à l’os.
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