Avec Presence, Soderbergh sonde le drame intime à travers un prisme inédit : celui d’un spectre-caméra qui recueille les instants de vie d'une famille.
Ici, l’œil de Soderbergh n’est pas extérieur, il est infiltré. Il erre, frôle, s’immisce sans jamais interférer, condamné à l’observation. Son regard se confond avec la maison elle-même, flottant d’une pièce à l’autre. Et nous, spectateurs-voyeurs, devenons ce regard, captifs de ce huis clos.
Si Presence nous parle de hantise, c’est moins celle d’un esprit que celle des relations familiales. Ici, le tableau initial se fissure à mesure que la caméra dérive. Quant aux personnages, la mère, rigide et implacable, n’admet ni faille ni compromission. Le père effacé, absorbé par l’ombre du rôle qu’il peine à jouer. Le fils écrasé par l’impératif de réussite, un désir de perfection qui se mue en poison. Et Chloe, adolescente hantée par l’absence, le deuil d'une amie disparue. Et c’est par cette dernière que notre connexion se tisse.
Presence est une radiographie du mal-être adolescent et des dysfonctionnements que l’on ne veut pas voir. Ici, les conversations instillent davantage de malaise que les manifestations spectrales.
Là où Zemeckis, avec Here, figeait le regard dans un cadre unique pour capturer le passage du temps, Soderbergh choisit au contraire le mouvement continu, une caméra qui se faufile, s’approche, s’efface. Les plans en ultra grand angle déforment la perception, confèrent à l’image une étrangeté flottante, comme un regard en suspension entre deux réalités. Le voyeurisme devient une posture forcée : nous ne sommes pas seulement spectateurs, nous sommes intrus.
Mais Soderbergh ne s’arrête pas là. À mesure que le film avance, que le malaise s’insinue, il glisse vers une autre idée : et si ce spectre n’était pas simplement un témoin, mais le regard d’un être encore lié à cette maison ou à cette famille. La caméra devient alors une conscience diffuse, un ange gardien, phagocyté par l’impossibilité d’agir.