Je dois avouer que j’ai abordé Présence avec une certaine curiosité mêlée d’attente. Le nom de Steven Soderbergh suffit à susciter l’intérêt : un cinéaste qui a connu très tôt le succès on pense évidemment à Sexe, mensonges et vidéo, et qui, depuis, alterne entre des films plus conventionnels et des expériences de mise en scène où il teste sans cesse les limites du cinéma. Avec Présence, il semble avoir voulu plonger dans le fantastique, ou du moins dans sa promesse, tout en adoptant une approche technique presque rudimentaire, un tournage en huis clos, minimaliste, qui rappelle son goût pour l’expérimentation.
Mais au-delà du dispositif, j’ai découvert un film qui, pour moi, parle avant tout d’une famille malade. Une famille dysfonctionnelle, où les tensions et les rancunes suintent à chaque échange, où les liens se distendent jusqu’à l’explosion. Présence, malgré son titre et ses apparences de film de genre, m’est apparu comme une tragédie familiale avant tout. Le fantastique, lui, s’invite à la marge, comme une ombre discrète, un souffle qui hante le récit sans jamais le dominer.
Soderbergh adopte ici le point de vue d’une entité, une présence, justement, dont la nature reste incertaine. C’est à la fois fascinant et dérangeant, car cette perspective flottante finit par se confondre avec celle du spectateur. On regarde cette famille se désagréger sans pouvoir intervenir, dans une sorte d’impuissance presque coupable. Le malaise vient de là : non pas de la peur, mais de cette proximité gênante avec le désastre intime des personnages.
C’est peut-être ce décalage entre l’attente et le résultat qui m’a laissé une impression mitigée. Le marketing vendait un film d’horreur, promettait des frissons, des apparitions, de la peur pure. Or, Présence n’effraie pas vraiment : il attriste, il observe, il dissèque. Le fantastique n’est qu’un prétexte, presque une façade. À l’inverse, la tragédie familiale, elle, aurait mérité d’être creusée davantage. J’aurais aimé que Soderbergh assume pleinement ce versant du récit, quitte à délaisser les artifices surnaturels, qui n’ont finalement que trop peu d’espace pour exister.
Un moment m’a particulièrement déconcerté : cette conversation téléphonique où le père évoque un sujet lié à la légalité, un détail visiblement mis en avant, mais dont on ne reparlera jamais. Cet élément, abandonné en route, m’a semblé symptomatique d’un scénario qui ouvre des pistes sans les explorer, comme si le film hésitait constamment entre deux directions.
Reste que le film est court, fluide, bien mené. Je n’ai pas vu le temps passer. Je n’ai pas non plus été captivé. Présence m’a laissé dans un entre-deux étrange : je n’ai pas passé un mauvais moment, mais je n’en ressors ni bouleversé, ni réellement troublé. Peut-être parce que je l’ai regardé avec des attentes faussées, espérant un film fantastique là où Soderbergh proposait une expérience plus conceptuelle, plus sensorielle, presque abstraite.
Je crois que Présence n’est pas un film qu’on “aime” ou qu’on “n’aime pas” : c’est un film qu’on observe, comme une expérience inégale mais sincère. Et même si je n’ai pas été atteint comme je l’espérais, je reconnais à Soderbergh ce courage rare : celui d’explorer encore, de se réinventer entre deux succès plus classiques, de continuer à chercher du cinéma là où d’autres se contenteraient de le reproduire.