Disclaimer : Cette première critique que je vous livre ici n'en est pas une, mais plutôt le souvenir intact d’un moment d’autrefois, d’une époque qui me semble aujourd’hui si lointaine, et d’une émotion que j’aimerais tant revivre; alors j’ai eu envie de la partager avec vous, en toute subjectivité.
Pour certains jeux, on attend; pour d'autres, on espère. Ocarina of Time appartenait à cette deuxième catégorie, celle des promesses trop belles pour être vraies. Fin des années 90, Nintendo annonçait le passage de Zelda à la 3D. Une révolution, un pari fou : comment transposer la magie d’Hyrule, ce monde que l’on avait tant arpenté en 2D, dans un espace vivant, mouvant, tangible ? Beaucoup s'étaient déjà cassé les dents sur l'ascension vers la tridimensionnalité. Mais moi, j’y croyais. Aveuglément.
Je revois encore cette VHS promotionnelle, trouvée dans un magazine, que j’usais jusqu’à la corde. La bande-annonce tournait en boucle, rythmée par The Deep de Mark Russell, cette mélodie grave et vibrante qui promettait un voyage plus grand que tout ce qu’on avait connu. Chaque plan était un choc : Link à cheval, les plaines d’Hyrule, les reflets sur l’eau, les temples qui semblaient respirer. C’était le futur, condensé de minutes dans une cassette devenue relique.
L’attente fut interminable. La sortie, fin 1998, arrivait presque comme un mirage, trop proche des fêtes, trop tardive pour mon impatience d’enfant. Les magasins parlaient de ruptures de stock, de réservations impossibles. Et puis un matin de début 1999, le jeu fut enfin là, entre mes mains. Je ne me souviens plus du moment exact où j’ai inséré la cartouche, mais je me rappelle parfaitement ce que j’ai ressenti : un vertige. La musique du menu, le premier pas dans la forêt Kokiri, l'arbre Mojo, les bois perdus, le ciel d’Hyrule qui s’ouvrait comme un rêve.
J’avais l’âge où l’enthousiasme gomme les défauts, où chaque découverte semble un miracle. Je ne cherchais pas à analyser, je vivais. Ocarina of Time était plus qu’un jeu : c’était un passage initiatique, la preuve qu’un monde virtuel pouvait émouvoir, faire peur, émerveiller. Avec le recul, je sais qu’il y a eu d’autres chefs-d’œuvre, d’autres aventures. Mais jamais une attente pareille. Jamais un tel sentiment d’accomplissement au moment de poser les mains sur la manette.
Ocarina of Time n’était pas seulement le passage de Zelda à la 3D, c’était celui de toute une génération à un nouvel imaginaire. Et pour moi, c’était un rêve devenu jouable.