Après avoir longtemps mis en scène la violence des affrontements militaires et la folie de l'Histoire, comment continuer à raconter du neuf dans le genre du film de guerre ?
Cela commence à devenir une véritable gageure : comment, en effet, surprendre quand on connaît par avance l'issue du conflit ?
En se tournant sans doute vers la face B de la guerre. Raconter l'envers du décor, mettre en scène un micro-événement catalyseur de la victoire. Ainsi, le codage des transmissions radio, avec U-571 ou Windtalkers : Les Messagers du Vent, la désinformation, via La Fabrique du Mensonge et La Ruse, ou encore l'entourage du Führer, avec Valkyrie, Les Goûteuses d'Hitler et Nuremberg, sont devenus des terrains cinématographiques insoupçonnés, véritable réservoirs de récits comme autant d'à-côtés insolites, voire parfois incroyables.
Pressure s'inscrit à l'évidence dans ce courant, en choisissant non pas de dessiner l'opération du débarquement elle-même, mais de mettre en scène le conflit de masses d'air instables côté météo, ou, plus exactement, la pression entrainée par une prise de décision cruciale pour l'avenir du monde.
Conflit entre deux cracks de la prévision. Conflit entre ancien et moderne. Entre l'étranger au groupe et celui qui fait partie de la garde rapprochée du général Eisenhower. Andrew Scott, en mode inflexible, voire assez antipathique, emporte à l'évidence le morceau, incarnant avec justesse toute la rigueur britannique, les doutes et tous les doutes relatifs à l'immense responsabilité pesant sur ses épaules. Mais il ne serait rien sans la rivalité avec Chris Messina, image de toute la suffisance à l'américaine et cette confiance en soi inébranlable à l'épreuve de la tension ambiante.
Cette tension en tendance thriller, c'est ce que Anthony Maras réussit à installer du côté de sa narration, se libérant du carcan de son huis-clos relatif, tendance théâtre, que beaucoup lui reprocheront à coup sûr. En tirant parti du côté électrique de l'arrivée de son personnage principal.
Et si une sous-intrigue touchant à l'intime de James Stagg aurait pu peut-être être évitée, Pressure, au-delà du point de bascule que le film décrit avec acuité, rappelle aussi, du côté d'Eisenhower, la plaie ouverte qu'avait constitué le fiasco de la répétition générale du D-Day, une opération Tigre meurtrière à cause d'une simple erreur, d'une coordination toute relative. Ce sang charrié par l'écume des vagues ouvrant l'oeuvre, ce trauma, offre à l'ami Brendan Fraser une nouvelle occasion d'imposer sa carrure massive et la détresse de son regard, le superbe Rental Family : Dans la Vie des Autres le lui avait déjà permis en début d'année.
C'est sans doute lui qui apporte au film un petit supplément d'âme à l'entreprise, qui nous plonge, dans sa course contre le temps, dans tous les sens du terme, dans une toute autre époque, loin des prévisions incertaines et des tendances imbéciles constamment révisées de bulletins dont on ne cesse aujourd'hui de nous abreuver. Rappelant au passage que la météorologie, comme l'approche humaine d'un conflit, ne constituera jamais une science exacte.
Behind_the_Mask, qui n'a jamais eu confiance dans les prévisions d'Evelyne Dhéliat.