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Prey ne partait pas gagnant. Entre le rachat de la Fox par Disney qui a failli remiser le projet, une crise Covid qui a largement heurté toute l’industrie, et une franchise dont le dernier bon volet remontait au premier, on a de la veine d’avoir ce film en l’état. Sans doute car à l’origine, il ne rentrait justement pas dans cette saga Predator, et se voulait déjà être un survival naturaliste calqué sur la réussite de Fury Road, que Dan Trachtenberg cite ouvertement comme inspiration majeure : passer par une approche purement visuelle pour raconter son histoire.
Ainsi, Prey pourrait très bien se regarder sans sous-titres (d’ailleurs absents lorsque les français se mettent à parler, et on n’entrave rien à ce qu’ils disent), et il est dommage que l’idée de tourner le film entièrement en langue Comanche n’ait pas été approuvée, finissant par être un doublage pas toujours heureux (pléonasme me direz-vous). Toujours est-il que tout passe ici par le regard de Naru, ses actions, et leur contexte. Dès les cinq premières minutes, on la caractérise sans aucun dialogue tout en amorçant les fusils de Tchekhov : pisteuse, soigneuse, et aspirante guerrière.
Si le récit d’émancipation proposé est assez peu original, Prey tire son épingle du jeu sur d’autres aspects. Son contexte et la place qu’il laisse à une tribu amérindienne (première dans l’histoire du cinéma pour les Comanches) sont déjà une originalité louable en soi. On y voit également des trouvailles assez rentre-dedans mais pas inefficaces pour autant, comme cette peinture littérale de la chaîne alimentaire où l’insecte nourrit le rongeur, le rongeur tombe sous les crocs du serpent, qui à son tour finit comme trophée du Predator. Un Predator au design retravaillé, comme appartenant à un autre hémisphère de sa planète d’origine, et aux technologies moins poussées que dans les itérations qui se déroulent quelques siècles plus tard. On citera aussi l’idée toute bête mais bien utilisée de l’encordage de tomahawk, permettant de dynamiser les combats.
Car qui dit survival dit luttes, et celles-ci sont, entre deux respirations naturelles dans une jolie photographie, d’une lisibilité appréciable. On conjugue montages limpides, plans larges permettant de bien se situer sur le champ de bataille, et plans séquences où les chorégraphies peuvent faire étal de leur bonne facture.
Alors on atteint pas la maestria de McTiernan, mais l’opus de Trachtenberg se hisse aisément comme le prétendant à l’argent dans la franchise, et laisse présager du bon pour le Badlands prévu cette année, mené par le même cinéaste.