Primitive War n’est clairement pas le genre de film sur lequel je me serais arrêté, malgré la présence de dinosaures. Seulement voilà, un essayiste américain que j’affectionne tout particulièrement, Patrick H. Willems, l’abordait dans sa dernière vidéo (Why Aren't There More Dinosaur Movies?) en le qualifiant, contre toute attente de sa part, de plus bel usage des dinos ce siècle-ci. Une série B certes (7 millions de budget), avec de grosses lacunes d’écriture et des clichés en pagaille, mais qui donne la part belle à ses animaux, bien plus que les Jurassic World ou l’autre navet avec Adam Driver (65). Suffisante pour piquer ma curiosité, grand passionné de ces créatures des temps jadis depuis Jurassic Park et Petit Pied.
Le prémisse un peu con-con nous envoie en plein Vietnam suivre une troupe de GI à la recherche de collègues disparus dans une vallée sous contrôle ennemi. Et v’la t’y pas qu’ils commencent à se faire becter par des dinos (à plume). Et ce dès une scène d’intro qui fait furieusement du pied aux deux films de Spielberg.
Mais qui dit Vietnam dit film de guerre, et là-dessus, on est au ras des pâquerettes. Entamer l’acte un par un Fortunate Son de Creedence en 2026, quelle audace! Appeler son russe notoire Tolstoy, quelle finesse! Tout ce qui a trait au conflit est bourrés de clichés que l’on ne croyait plus possible, sans pour autant être vraiment honteux (les acteurs s’en sortent d’ailleurs relativement bien pour une prod’ de ce calibre). De même que si l’on pourra initialement tiquer sur le sang numériques et autres effets bien visibles (mais pas crados pour autant), on se fera assez rapidement une raison au vu des moyens à disposition.
Cette mansuétude est grandement due à la réussite dont parlait le youtuber susmentionné. Car dans cet hybride de Dog Soldiers et Predator, les dinos ont effectivement de la gueule et sont une menace tangible. Le film ne se parant pas d’une mention tout public, il n’hésite pas à nous montrer ce que cela fait d’être dévoré vivant par un deinonychus ou une troupe de raptor (à la taille plus proche du réel que sur Isla Nublar). Les scènes d’interaction avec ces bestioles varient les plaisirs et redoublent d’inventivité, sans jamais chercher à aller sur le terrain de Spielberg, et rien que pour ça le film vaut le coup (si dinos vous aimez).
Et puis on y croît un peu à la survie de ces bidasses, entraînées à vivre dans la jungle et qui parviennent logiquement à s’adapter à ces nouveaux ennemis, des animaux qui ne sont pas des monstres surhumains. On comprend donc que tout ne se déroule pas comme un jeu de massacre où ils disparaissent au compte-goutte et restent finalement plutôt entiers jusqu’au dernier acte.
J’étais honnêtement parti sur un 6 enthousiaste. Et puis vint la dernière demi-heure. Celle de trop sur un qui aurait dû se boucler en 1h30, et qui part dans une surenchère de grand n’importe quoi qui vient balayer d’un revers tous les points positifs évoqués plus haut. Patatras!
Cependant, si l’on coupe le film à temps, c’est plutôt un bon moment. Son titre tout pourri ne rend clairement pas hommage à une petite série B sympathique et rare, largement supérieure en termes d’action à bien des blockbusters quinze fois plus chers, à ces sorties streaming indigentes oubliées deux jours plus tard, ou autres productions horrifiques crétines façon Blumhouse.