Priscilla est de ces films qui brillent plus par la rareté de son sujet que par une quelconque originalité de forme ou de structure narrative. Ce n’est d’ailleurs pas anodin si dans la filmographie de son réalisateur, Stephan Elliott, ce soit la seule œuvre connue du grand public.


Et pour cause, dans sa mise en scène et son écriture poussives, sorte de Baz Luhrmann plus sage, Elliott fait écho à la représentation du drag. Tout doit être dans l’overdose, dans le grossier et le provocant, quitte à atteindre une vulgarité gratuite ne cherchant qu’à provoquer une réaction, dans un sens comme dans l’autre. Et pour cause, le drag est contestation par essence, expression grandiloquente de personnalités qui ne sauraient être refoulées pour plaire à quelques esprits conservateurs, une démonstration de force de caractère pour une lutte du quotidien.


Alors les discussions qui ne traitent que de cul, les provocations puériles, les obscénités à tout va, tout ceci à la scène comme à la ville, servent de carapace face à une société qui, hors de quelques cocons de tolérance tels Sydney, refuse la différence et préfère l’éliminer que de chercher à la comprendre, ou de tout simplement la tolérer.


Personnellement, les drags m’indiffèrent. J’en ai vu des représentations en live ou dans des émissions, et je n’ai jamais accroché au concept même d’un spectacle en playback avec costumes criards. Mais via Priscilla, j’entends mieux cette expression par le faux, comme un miroir qui donnerait à voir le monstrueux aux bigots pour mieux le subvertir, comme un moyen de s’assimiler de force dans la culture prégnante en en grossissant les traits, en détournant ses modèles pour mieux se les approprier. Alors je n’irais toujours pas voir Ru Paul, parce que je m’y ennuierais quand même, mais j’en comprends bien mieux la signifiance..


Le film n’est pas inoubliable, mais son énergie, sa traversée du désert australien en quête de reconnaissance (publique, familiale, personnelle), et son trio d’acteurs investis en font une pièce rare qui sert franchement son propos et donne un éclairage bienvenu à un univers rarement traité avec une telle tendresse.


Créée

le 21 août 2025

Critique lue 11 fois

Frakkazak

Écrit par

Critique lue 11 fois

D'autres avis sur Priscilla, folle du désert

Priscilla, folle du désert

Priscilla, folle du désert

7

Plume231

2387 critiques

Critique de Priscilla, folle du désert par Plume231

Alors 2 défauts : le scénario tourne parfois en rond et une BO reprenant des standards des années 70-80 qui donne juste l'impression d'être là pour dynamiser l'ensemble... Mais 3 qualités qui font...

le 15 août 2013

Priscilla, folle du désert

Priscilla, folle du désert

9

ValM

99 critiques

No more fucking ABBA !

Les visions successives ne semblent pas porter préjudice à l'enthousiasme que l'on ressent devant le génial film de Stephan Elliot. Pourtant, avec son exubérance et son overdose de musique disco, le...

le 27 oct. 2014

Priscilla, folle du désert

Priscilla, folle du désert

8

SimplySmackkk

1153 critiques

La folle traversée

Succès-surprise de 1994, le film le doit peut-être à son exotisme. Ce road-movie qui traverse une partie de l’Australie, de ses magnifiques paysages à ses localités plus sordides, est propulsé par un...

le 10 mai 2020

Du même critique

Hollow Knight

Hollow Knight

10

Frakkazak

831 critiques

Waky Hollow : La légende du scarabée sans âme

J'avais commencé une partie en début d'année, et avait lâché l'affaire par frustration, ayant perdu tous mes geos dans une zone que je trouvais imbuvable (Soul Sanctum) après 3-4h de jeu. Mais devant...

le 15 oct. 2019

Captain America: Brave New World

Captain America: Brave New World

2

Frakkazak

831 critiques

Mou, Moche et Puant

Il était couru d’avance que Brave New World serait une daube. De par la superhero fatigue qu’a instauré la firme de Mickey par l’amoncellement de produits formaté sur les dix-sept dernières années...

le 10 mars 2025

Assassin's Creed: Mirage

Assassin's Creed: Mirage

4

Frakkazak

831 critiques

Mi-rage, mi-désespoir, pleine vieillesse et ennui

Alors qu’à chaque nouvelle itération de la formule qui trône comme l’une des plus rentables pour la firme française depuis déjà quinze ans (c’est même rappelé en lançant le jeu, Ubisoft se la jouant...

le 10 oct. 2023