Vous qui entrez, abandonnez toute espérance
Prisoners fait partie de cette vague de films à moyens budgets qui ont la liberté du cinéma indépendant et le budget de leurs ambitions. On avait eu l'excellent The Place Beyond The Pines dans le genre il y a quelques mois.
Ce qui frappe le plus dans ce film c'est la noirceur absolue dans laquelle il baigne. La description maniaque d'une Amérique profonde qui donnerait envie de se foutre une balle au bout d'une semaine, les personnages qu'on imagine englués dans cette vie pour toujours et pour couronner le tout une pluie omniprésente que n'aurait pas renié le Seven de David Fincher.
Cette ambiance est d'ailleurs la plus grande réussite du film. Elle prend à la gorge, c'est glauque, désespéré et sacrément bien mis en images. Certains plans font d'ailleurs partie de ce que j'ai vu de plus beau cette année.
En revanche c'est au niveau de l'écriture où le film est un peu en-dessous. L'enquête est très intéressante mais la résolution parfois tirée par les cheveux de certains nœuds de l'intrigue m'a semblé un peu facile. On patauge pendant un moment sur cette énigme apparemment impossible à résoudre, la détresse des personnages est d'ailleurs parfaitement rendue, et d'un coup la clé tombe comme un cheveux sur la soupe. Attention, rien de complètement farfelu ici mais on est en droit de s'attendre à une écriture plus soignée après l'excellente première partie du film. Surtout que beaucoup d'éléments sont courus d'avance et on est rarement surpris.
Prisoners reste quand même un bon thriller pour son ambiance excellente et ses personnages plus vrais que nature. Un scénario un peu plus maîtrisé au service d'une mise en scène pareille et on avait un chef d'oeuvre.