Encore une démonstration magistrale de la rigueur bressonienne. Je m’attendais à une grande œuvre, surtout après la puissance spirituelle du Jeanne d’Arc de Dreyer. Pourtant, Bresson parvient à explorer le même sujet sous un angle totalement différent, mais d’une intensité comparable. Là où Dreyer sacralise, Bresson humanise. Ce qui frappe ici, c’est la vulnérabilité de Jeanne : sa peur, ses hésitations, ses défaillances même. Le procès cesse d’être une procédure religieuse ou politique pour devenir une injustice insoutenable dont le spectateur se fait témoin impuissant.
Et malgré cette fragilité affichée, la détermination de Jeanne, sa foi surtout, y compris pour un spectateur non croyant, finit par imposer un respect absolu. Cette tension constante entre faiblesse corporelle et force intérieure est ce qui donne au film sa puissance. Sous son apparente austérité, presque clinique, l’œuvre regorge d’émotions contenues, de fulgurances discrètes. La lumière ne vient pas de la mise en scène mais du personnage lui-même. Les échanges sont d’une précision remarquable : sobres, incisifs, jamais démonstratifs mais toujours porteurs de sens. Jeanne pourrait parler des heures sans lasser, tant chaque mot semble pesé, nécessaire. C’est cette économie du verbe qui confère au film sa grandeur.
Au final, ce Procès de Jeanne d’Arc dépasse la simple reconstitution historique. C’est un travail d’orfèvre, où la minutie formelle est mise au service d’un portrait bouleversant. À tel point que, contre toute attente, je crois avoir préféré cette version à celle de Dreyer.