(Spoiler)
En matière de créature extraterrestre, celle d'Alien reste la référence absolue. Peu loquace mais efficace, impitoyable mais esthétique. Alors forcément, quand Grace, l'astronaute envoyé par la Terre dans un coin perdu de la galaxie, tombe sur Rocky, habitant de la planète Erid, ce dernier peut laisser quelque peu sceptique. Car l'Eridien, sans vouloir être vexant, ne ressemble à rien. Prenez trois gros cailloux pour le corps, deux moignons en guise de bras et trois taches de peinture verte sur ce qui tient vaguement lieu de tête, et vous aurez, grosso modo, une idée de l’animal : une sorte de crabe géant bizarrement foutu. Ajoutez à cela une curiosité de fouine, le verbe facile et un sens de l’humour décalé, et le portrait est complet. Loin des xénomorphes et autres extraterrestres belliqueux, ce Rocky-là boxe dans une tout autre catégorie, celle — très restreinte — des aliens sympatoches, tels Marvin, E.T., Paul et quelques autres.
Cette rencontre d’un 4ème type se produit à une douzaine d’années-lumière de la Terre, dans la proche banlieue de Tau Ceti. Une étoile peu à peu phagocytée par des astrophages, sortes d’organismes microscopiques interstellaires mangeurs d'étoiles. Ces mêmes astrophages qui, non contents de dévorer Tau Ceti, ont aussi inscrit à leur menu notre bon vieux Soleil. Déjà que le pétrole et le charbon se raréfient à vue d’œil, si, en plus, des bactéries sorties de nulle part viennent s’attaquer à notre énergie solaire, où va-t-on ?
Alliés dans l’adversité, l’humain et le crustacé de l’espace ne tardent pas à s’entendre pour mettre fin au festin des phages. D’autant que notre Terrien, échaudé par les trahisons de la gent féminine (son ex comme sa supérieure), s’est mué en solitaire invétéré et s’éprend à présent de ce crabounet, visiblement dénué de toute duplicité. On le comprend : l’Éridien, aussi laid soit-il, s’avère particulièrement attachant, tant il est pétri de qualités.
Le film brode ainsi autour de cette amitié interstellaire improbable et fun et s'en tire plutôt bien. Il est parfois un chouïa démonstratif ou lacrymal à mon goût, mais il réussit au moins ce pari : donner envie de serrer la pince à un tas de cailloux. Et ce n’est pas rien.