Tous les ans, certains films semblent encensés et adorés de (presque) tous, critique comme public, et ils peuvent passer complètement au-dessus de certains. Tout comme il y en a que tout le monde (ou presque) semble détester et que certains défendent et ne trouvent pas si mal (ce fut le cas ici du récent « Scream 7 », même si une partie du public semble y avoir également trouvé son compte). Concernant l’auteur de cette page, l’an passé ce fut les deux films gagnants des récompenses suprêmes à Cannes : la très surcotée Palme d’or politique, « Un simple accident » qui nous avait moins emballé que la moyenne, mais surtout « Valeur sentimentale » qu’on avait vraiment trouvé ennuyeux et trivial. Et bien cette année, la première énorme divergence ne viendra pas du cinéma d’auteur ou de festival mais bien du premier gros blockbuster de l’année : le film de science-fiction autoproclamé cool, « Projet dernière chance ».
Affublé par beaucoup de critiques du terme de de chef-d’œuvre et adoubé par une bonne partie du public, il nous fait nous demander si cette appellation n’est pas de plus en plus galvaudée. Qu’on l’apprécie est une chose, qu’on le positionne comme un sommet du septième art en est une autre. Ici, le ressenti est le même que celui qu’on avait eu pour « Seul sur Mars », d’ailleurs du même auteur, mais en pire: techniquement très convaincant, rien à redire sur ce point, mais particulièrement interminable et peu palpitant. Rien à voir avec le monument « Interstellar » (là oui le mot chef-d’œuvre est un consensus quasi unanime) en ce qui concerne les épopées spatiales pour sauver le monde ou avec « Premier contact » en ce qui concerne le rapprochement avec une civilisation extraterrestre. On pourrait aussi citer le méconnu et magistral « Ad Astra » de James Gray, injustement boudé. Tous les trois détenaient une puissance émotionnelle incroyable et indélébile ainsi que des enjeux forts et stimulants qui faisaient régner la tension et imprégnaient durablement la rétine et la mémoire.
Et franchement, on ne retrouve rien de tout cela au sein de « Projet dernière chance ». En premier lieu, les choix de montage alternant de manière erratique le passé et le présent apparaissent bien maladroits comme si le duo de cinéaste à l’origine du Spiderverse animé avaient peur de laisser la progression narrative dans son ordre naturel. Ensuite, la tentative de vouloir faire un film de science-fiction cool et presque léger est à louer mais pour cela il y a « Star Wars » ou « Galaxy Quest » et c’est un dosage difficile quand on veut y ajouter une certaine dramaturgie. Ici, le film a la bobine entre deux projecteurs tout du long. Le côté humoristique et l’aspect familial en mode aventures avec extraterrestre gentil annihile toute la tension et le sérieux des enjeux, faisant qu’on n’entre jamais véritablement dans la gravité de ce qui se joue, en l’occurrence la survie de notre monde. Idem pour le pan émotionnel, à quelques rares exceptions près, difficile d’être touché par l’aspect gaudriole de l’ensemble.
Rajoutons à cela que les rares vraies péripéties sont enterrées dans un jargon technique peu audible pour le commun des mortels et qu’il y a un véritable manque de séquences impressionnantes. Alors oui la technique est irréprochable ainsi que les effets spéciaux dernier cri qui occasionnent quelques plans sublimes comme celui de la découverte du vaisseau de Rocky ou celui de l’étoile fluorescente. Mais cela ne suffit pas à faire un film beau et captivant et « Projet dernière chance » semble donc particulièrement interminable pour qui, comme nous, n’adhère pas. La relation entre Ryan Gosling et l’alien Rocky est cocasse mais quelque peu basique comme finalement le script de ce film assez naïf aussi bien dans son histoire que ses dialogues. On sort de là content que ce soit fini et vraiment incrédule face à l’engouement général!
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