Prometheus parle du désir de rencontrer nos créateurs, de savoir pourquoi nous avons été créés, et de la désillusion de cette rencontre et des réponses, un peu comme ne jamais rencontrer nos héros, car on réalise qu’ils ne sont pas aussi incroyables dans la vraie vie qu’on le pensait.
Les humains veulent des réponses de leurs créateurs, mais ne comprennent pas que David est la clé de leur questionnement. Même Shaw, le personnage moralement intègre du film, traite David comme s’il ne comprenait pas ce que ressentent les humains : c’est aussi arrogant qu’ironique, la réponse à leur question est juste devant eux. Pour la même raison qu’ils ont créé David, les Ingénieurs ont créé les humains ; et la raison pour laquelle les humains détruiraient David est la même que celle pour laquelle les Ingénieurs détruiraient les humains. Il n’y a pas de réponse grandiose et divine, mais les personnages humains sont trop arrogants pour le voir. David est spectateur du mépris et de la médiocrité de ses créateurs ; il se considère comme un être supérieur et nourrit un désir de créer. L’acte de création, de vie et de mort est quelque chose que l’on retrouve dans toute la saga.
Le film s’ouvre sur un Ingénieur qui se sacrifie en buvant le liquide noir, créant ainsi la vie sur Terre. Tout comme les Facehuggers ont besoin d’un hôte, qui sera sacrifié pour donner vie à un Xénomorphe ; tout comme, à la fin de Prometheus, lorsque Shaw découvre que l’Ingénieur se dirige sur Terre pour anéantir l’humanité, Janek et ses copilotes se sacrifient pour permettre à l’humanité de vivre ; de la même façon, Ripley se sacrifie dans Alien 3 pour sauver l’humanité.
Mais ce qui lie aussi, thématiquement, Prometheus à Alien, c’est l’allégorie autour d’Adam, Ève, Caïn et Abel.
Les Ingénieurs sont comme Satan et les anges déchus ; le liquide noir est le fruit de l’arbre de la connaissance ; Shaw et David deviennent une sorte d’Adam et Ève.
Les humains évoluent dans un monde fait d’innocence, puis acquièrent des connaissances qui changent leur façon de voir les choses. Le paradis est représenté par l’ignorance bienheureuse de ne pas connaître la vérité sur son origine. Et que se passe-t-il après avoir « mangé le fruit » et acquis la connaissance ?
Adam et Ève sont au départ innocents ; ensuite, ils mangent le fruit défendu de l’arbre de la connaissance et tout devient plus compliqué : une multitude d’émotions négatives émergent ; ils sont chassés du paradis et se retrouvent sur Terre, devant naviguer dans la guerre entre la lumière et l’obscurité. Le paradis devient un idéal, un état d’âme.
Elizabeth évolue dans un endroit similaire : elle survit, mais n’est plus la même qu’avant. Il y a un pessimisme né des connaissances qu’elle a acquises et des expériences qu’elle a vécues. Elle et David deviennent ces figures d’Adam et Ève ; et le Diacre, en fin de film, représente le cœur noir de ce nouveau monde, la marque du péché. Si David représente notre capacité de création, alors le Diacre est notre envie de détruire.
Dans Alien, le Xénomorphe est appelé « le fils de Kane ». Caïn et Abel sont les premiers enfants d’Adam et Ève : Dieu a favorisé Abel et Caïn a tué son frère ; c’est le premier meurtre. Caïn est symboliquement associé au mal ; le Xénomorphe incarne le mal qui naît en nous.
Il y a aussi un rapport créateur/création que l’on pourrait assimiler à une relation parents/enfants, à travers l’histoire de Prométhée. Dans le mythe de Prométhée, les enfants renversent leurs parents du pouvoir ; le même renversement qui se produit entre Uranus, Cronos et Zeus se répète avec les Ingénieurs, les humains et David.
Au même titre que dans Alien, Ripley et les autres passagers sont les enfants du Nostromo, qui est contrôlé par l’ordinateur de bord « Mother ». La première scène où on les voit sortir de cryostase ressemble à une naissance. Mother est censée protéger l’équipage du Nostromo, comme toute mère le ferait avec ses enfants, sauf que la priorité est l’Alien. À deux reprises, les personnages se tournent vers « leur Mère » pour obtenir de l’aide : d’abord Dallas, puis Ripley ; les deux fois, ils se sentent abandonnés. À la fin, Ripley n’aura d’autre choix que de faire exploser le vaisseau, donc de tuer la Mère pour se libérer.
C’est quelque chose que l’on retrouve dans beaucoup de films de Ridley Scott. Dans Blade Runner, Roy Batty est un Réplicant qui a une durée de vie extrêmement réduite ; il cherche une solution auprès de son créateur ; Tyrell lui explique que c’est impossible et Roy va se retourner contre son créateur et le tuer, comme Commode avec son père dans Gladiator, et comme le fera l’Ingénieur avec Weyland qui recherchait l’immortalité, puis David avec les Ingénieurs.
Prometheus, en s’inscrivant dans la continuité thématique de la saga Alien, explore avec profondeur les cycles de la création et de la destruction, la quête vaine de sens divin et les dangers de l’arrogance humaine face à ses propres inventions. À travers ces allégories bibliques, mythologiques et familiales, Ridley Scott nous confronte à une vérité pessimiste : la création n’engendre pas nécessairement l’harmonie, mais souvent la rébellion, le meurtre fratricide et l’anéantissement. David, en tant que miroir déformant de l’humanité, incarne cette boucle infernale où le créé finit par surpasser et détruire son créateur, rappelant que le véritable monstre n’est pas l’Alien, mais le désir insatiable de jouer à Dieu. Prometheus n’offre pas de rédemption facile : il laisse Shaw et David poursuivre leur quête vers un paradis perdu, annonçant un avenir encore plus sombre pour l’humanité.