This Property Is Condemned passionne par son infidélité à Tennessee Williams alors même qu’il reprend le cadre principal de l’intrigue, ses personnages et son atmosphère oppressante sur fond de crise économique : le motif récurrent de la prostituée dans la pièce de théâtre, profession à laquelle on se consacre par la force des choses, par l’attraction du milieu dans lequel on vit, en l’occurrence ici une pension de famille située à proximité de la voie ferrée et où viennent danser et fricoter les chemineaux, échappe ici au récit à proprement parler pour devenir le leitmotiv silencieux d’un discours masculin, contre lequel les trois femmes s’efforcent de lutter. La première séquence de présentation des protagonistes insiste ainsi sur les entrées et sorties de mauvais garçons soucieux de s’attirer les bonnes grâces de la maîtresse de maison et de ses filles, sur leur insolence augmentée de mains baladeuses et de lèvres solitaires qu’il faut accoler à celles de la belle Alva sous le prétexte de l’anniversaire de la mère.
Sydney Pollack choisit d’ouvrir le huis clos de la pièce afin de composer une intrigue romantique qui se subordonne à la violence environnante et au choc deux visions du monde : là où Alva revendique une approche rêveuse et artistique, Owen lui oppose rationalisme et pragmatisme, refuse le détour par la fiction vectrice, selon lui, d’illusions chimériques et dangereuses. Ce couple en formation forme déjà la base de tout un pan de son cinéma naissant, avec comme point d’orgue Out of Africa sorti vingt ans plus tard (1986) : il dénature l’œuvre de Williams et en fait autre chose, substitue au discours sur les déterminismes et sur la misère sociale un engrenage tragique qu’encadre une errance sur le chemin de fer entre deux enfants des plus mémorables. Une réussite flamboyante.