Pour une énième fois, Public Enemies n'est pas la claque tant fantasmée. Décidément, j'ai l'impression d'être de plus en plus difficile (ou aigri c'est au choix) en matière de films attendus par les cinéphiles.


Tout d'abord, j'aimerai commencer par ce qui a, entre autres, bâti la renommée de Michael Mann: l'aspect formel.
De ce côté là, il n'y a pas de souci majeur, le cinéaste nous démontre encore une fois sa maitrise. Que ce soit d'ordre visuel ou sonore c'est impeccable. J'ajouterai même, qu'avec ce long métrage, le cinéaste américain atteint le paroxysme de son style expérimental, initié dans Révélations.


Avec son matériel haute définition, il use et abuse de plans rapprochés, j'adhère à cette approche mais il est fort dommage de ne pas profiter un peu plus du format panoramique. Et comme je suis un amoureux des plans larges, ça me contrarie. Et on ajoute à cela le côté tremblotant et instable des cadrages et on obtient quelque chose lorgnant vers le documentaire esthétique en quelque sorte.


J'y reviendrai plus tard concernant le manque d'implication émotionnelle, de la froideur et la distance de l'ensemble; néanmoins ce qui est paradoxal, c'est qu'il y a malgré tout une grande immersion suscitée chez le spectateur. On est très proche des personnages, la caméra témoigne de leurs moindre faits et gestes, on a l'impression d'être à côté d'eux de les toucher, c'est une mise en scène portée sur l'intime, très organique. Ça me fait gamberger, et j'ai du mal à expliquer ce que j'ai réellement ressenti. Bref, tout ça pour dire que la réalisation est une grande réussite. Et pourtant j'étais assez sceptique et réticent à l'idée de voir ce style osé et contemporain transposé au sein de l'Amérique des années 30. Au final, ça donne un rendu très naturel et ça évite , par la même occasion, un traitement académique et lisse.


Ceci étant dit, je vais revenir sur ce qui m'a le plus dérangé dans Public Enemies: le manque de substance. Effectivement, à l'instar de Miami Vice (à un degrés moindre tout de même), l'oeuvre reste très en surface et parait trop détachée. J'ai l'impression que l'intrigue et les personnages n'ont pas le temps de se poser où d'exister. Ça manque de séquences oniriques et contemplatives, qui permettaient d'indiquer, d'une certaine manière, une réflexion ou une remise en cause des protagonistes et de leurs conditions. On peut le justifier en faisant l'analogie avec la traque de John Dillinger, mais là aussi on ne la ressent pas vraiment tout le long du métrage. Pas de réel sentiment de danger, mis à part dans la dernière demi-heure où tout s'emballe.


Je n'irai pas jusqu'à dire que l'histoire racontée n'est qu'une succession de scènes imbriquées de façon hasardeuse puisque c'est fluide et bien structuré. En revanche, je trouve que ça manque de contenu.


Pour finir, je dirais que c'est une machine bien huilée, on ne s'ennuie pas une seule seconde, le casting est parfait (notamment le trio Depp/Bale/Cotillard), cependant Michael Mann nous avait habitué à beaucoup mieux !

Jubileus
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le 12 sept. 2015

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