Deuxième long métrage de Jeanne Herry après Elle l’adore, le film prend pieds dans un territoire rarement filmé sans caricature : l’institution. Le parcours du nourrisson Théo, confié dès sa naissance à l’aide sociale à l’enfance, croise celui d’Alice, femme célibataire en attente d’adoption mais le véritable sujet n’est ni elle ni lui ; c’est la chaîne qui rend cette rencontre possible. Sage-femme, assistantes sociales, famille d’accueil, responsables administratifs composent un collectif attentif où chaque geste, chaque délai engage une responsabilité.

Ainsi le cœur du film est l’organisation du care. Les réunions, les délibérations, les vérifications de dossier deviennent des scènes à part entière à l'importance capitale. Cependant l’architecture du récit apparaît très tôt dans sa clarté. La trajectoire qui doit relier l'enfant à la mère adoptive se dessine avec une évidence qui désamorce une part du suspense affectif. Le scénario gagne en pédagogie ce qu’il perd narrativement. La mise en scène épouse cette logique d’attente, multipliant les plans rapprochés de visages suspendus à une décision qui les dépasse, faisant du temps la véritable tension dramatique.

Le titre dit l’essentiel : la pupille est à la fois l’enfant protégé par l’État et le centre du regard. Filmer un infans oblige à la pudeur. Herry refuse la projection psychologique et préfère la durée, laissant au spectateur la charge d’interpréter. Ce régime du regard traverse tout le film, du manque de la mère biologique au désir d’Alice, et propose une éthique de la visibilité où reconnaître signifie d’abord regarder.
Par moments, le souci d’exactitude frôle le didactisme. Les dialogues, très ancrés dans le réel professionnel, expliquent le fonctionnement du système. Cette dimension quasi-documentaire consolide la crédibilité mais laisse parfois affleurer la volonté d’informer. Mais dans la scène finale, face-à-face entre un corps adulte et un corps minuscule, l'émotion advient pure : non pas l’évidence d’un amour mythifié mais l’apprentissage patient d’un lien. Pupille parie sur la construction des sentiments, et dans ce pari se tient, pour moi, sa véritable portée.

cadreum
7
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le 12 mai 2026

Critique lue 8 fois

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