Western avec une horde discrète, trois fines gâchettes et une belle romance étonnante

Si l'extraordinaire cavalcade de la première scène nous fait croire un moment qu'une "horde sauvage" traversera le film dans l'action, par la suite on ne verra d'elle, et rarement, qu'une masse indistincte d'hommes, à cheval ou bien assise à une table (et dînant en silence). Le titre du film, avec ses 40 gâchettes, ça claque mais en réalité c'est comme cette scène, de la parade pour valoriser le pouvoir d'une femme, une "cattle baron".

Cette chevauchée du début importe en revanche par la brillance de la mise en scène pour introduire les protagonistes.

Sur sa monture blanche, une femme toute vêtue de noir suivie au galop par le grand groupe de ses vaqueros dépasse sur la piste trois voyageurs assis dans une carriole, abasourdis par ce déferlement qui les recouvre de plusieurs couches de poussière méprisante. C'est après cela que l'histoire commence.

La cavalière et ces trois hommes-là seront les principaux personnages de l'histoire. Il y a d'un côté cette femme, jouée par Barbara Stanwick, qui est la patronne d'un ranch d'élevage, un leader local autoritaire à la Chisum, et de l'autre les trois frères Bonnell qui débarquent dans la ville.

Et c'est encore une variation de cinéma sur les frères Earp bien connus, ceux de "OK Corral ". Il y a l'aîné Griff, un marshall et tireur émérite (joué par Barry Sullivan), Wes le second fusil, son background en cas de gunfight (joué par Gene Barry) et Chico le benjamin qui refuse de devenir un fermier (joué par Robert Dix).

L'indifference initiale de la femme pour ces nouveaux venus dans la région va se retourner en un amour éperdu pour l'homme de loi et ce sera une passion réciproque malgré leur appartenance sociale et leur tradition familiale opposées. Jusqu'à leur rencontre, ils campent en effet sur des rives opposées de la construction mythique du Far West : la "self made woman" au dessus des règles fait face au marshal sourcilleux quant à la loi et l'ordre.

C'est la romance qui est remarquable dans ce western tragique où l'homme et la femme, tous deux d'âge mûr, perdront chacun un jeune frère aimé.

Ils pourraient de ce fait s'en vouloir éternellement et donc se perdre, mais ils finiront par "grandir", selon le mot du marshall, et, pour rester ensemble, réussir l'un et l'autre à changer de vie.

On peut rajouter à la chevauchée du début plusieurs autres trouvailles de la réalisation. 

Certaines sont des saisies opportunistes d'images : Fuller utilise des nuéees réelles qui envahissent la plaine et la noircissent peu à peu, apportant une tonalité sombre ; et plus tard il captera une vraie tornade, qui sera l'arrière-fond tumultueux dans lequel les amoureux vont être emportés pour la premiere fois. 

D'autres sont des mises en scene très  construites : le montage, constamment elliptique, efface les redondances et les surlignages communs dans une intrigue de western.

Par exemple, est d'une très grande sobriété la découverte du suicide par pendaison du shérif éconduit, joué par Dean Jagger.

Et les scènes de gunfight sont originales.

Un premier duel est marqué par la démarche très determinée du marshall Griff et son regard impitoyable fixé sur un jeune tireur éméché (il y a une démarche comme celle-là, impressionnante de fureur, chez James Stewart dans L'Homme de la Plaine).

Dans le gunfight final, le marshall tire sans retenue afin d'abattre son adversaire psychopathe lequel a pourtant pris comme bouclier humain son amoureuse, un risque qui ne manque pas d'audace quant à l'avenir de leur relation !

Le casting masculin est remarquable d'efficacité et de sobriété, et pourtant ce ne sont pas les acteurs les plus cotés de l'époque. 

Barbara Stanwick n'est peut-être pas non plus le meilleur choix féminin pour la postérité de ce western atypique, ou peut-être est-ce son costume noir et ce cheval blanc qui, au tout début, ridiculisent son allure. Car par la suite, ses vêtements plus ordinaires la rendent plus credible dans ce beau rôle de femme forte dont les valeurs brutales de la reussite sont corrigées par la tragédie personnelle puis par la découverte tardive de l'amour.

(Note de 2023 publiée en Juin 2025).

Michael-Faure
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le 7 juin 2025

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