On la connait par cœur l'histoire de Victor Hugo et le drame que la bohémienne Esmeralda provoque malgré elle en enflammant les cœurs, dont celui du bossu Quasimodo, interprété par un Charles Laughton défiguré qui en produit possiblement la composition la plus fameuse à l'écran.
On connait aussi le cinéma pesant et emphatique de William Dieterle. De fait, son "Quasimodo" est un mélodrame démonstratif et surjoué dans lequel chacun des comédiens est enfermé dans les conventions romanesques du cinéma américain de l'époque. Précisément, les protagonistes sont sans nuances et par conséquent dénués de sensibilité. Au premier rang desquels Quasimodo, confronté à sa laideur et aux quolibets, et l'abbé Frollo, découvrant dans Notre-Dame le désir et la culpabilité. Comment croire d'ailleurs que l'Esmeralda incarnée par Maureen O'Hara puisse concentrer sur elle tant de désirs alors qu'elle exprime si peu (censure oblige ?) de sensualité ? Lorsqu'elle monte au gibet, c'est Jeanne d'Arc que filme Dieterle !
Le cinéaste ne réussit pas mieux à diriger la foule parisienne devant Notre-Dame, dont la liesse ou la vindicte grossières s'expriment dans une totale incohérence. Et comme Dieterle n'est pas à un cliché près, il recouvre le drame d'idées libérales et progressistes toute faites, notamment à travers les déclamations vaseuses du poète Gringoire ou les avis du gentil roi gâteux Louis XI (dont je ne sais pas s'il a le moindre rôle dans le roman de Victor Hugo).
Enfin les auteurs du scénario feront le choix d'un dénouement à leur goût, c'est-à-dire quasiment un happy-end. La force et la beauté des personnages de Victor Hugo se diluent dans les stéréotypes et les archaïsmes, passés à la moulinette hollywoodienne.