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Soupers de chairs
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le 13 avr. 2021
Tavernier signe ici un film historique plutôt complet.
Le réalisateur préparait une adaptation d'Une fille du régent d'Alexandre Dumas. Pendant ce processus il s'est mis à apprécier certains personnage de l'intrigue du roman, au point d'écrire une histoire originale. C'est comme ça qu'est né le film. Comme L'Horloger de Saint-Paul il est tourné avec très peu de moyen et dans un temps limité. Le scénario s'appuie sur de nombreuses sources de l'époque notamment le Louis de Rouvroy duc de Saint-Simon, mémorialiste du régent Philippe d'Orléans. Plusieurs éléments de l'histoire sont aussi tirés de témoignages (ex : la scène de fin qui a vraiment eu lieu, même si remanié par le cinéaste).
Que la fête commence... c'est une sorte de comédie tragique sur une période charnière de l'Histoire de France. La régence est un temps de transition en raison des réformes notamment celles soulevées dans le film : système de Law (finances) et la géopolitique (alliance avec l’Angleterre après abandon de l'Espagne). Dans cette période malade et troublée par la misère, le régent contesté Philippe d'Orléans est un chef d’État fuyant ses responsabilités et oisif (libertinage, paresseux, triste). L'Histoire confirme néanmoins que c'était un personnage très en avance sur son temps grâce à ses idées (projet d'une école gratuite, ouverture intellectuelle et spirituelle), préfigurant celles des Lumières. Mine de rien son règne était un temps de paix. L'abbé Dubois en revanche est un homme d'ambition. Au-delà de ses mœurs discutables il était véritablement, un ministre très soucieux de l'administration de l’État. Le marquis de Pontallec était le "Robin des bois breton", autonomiste convaincu conspirant pour renverser le duc d'Orléans au profit de Philippe V d'Espagne (prince de sang). Pas de chance pour lui, son plan a foiré.
Le portrait des personnages par Tavernier est assez juste et même tendre (surtout le régent). Il est sans doute exacerbé pour accentuer l'aspect dramatique de cette histoire. Philippe Noiret est impeccable en Philippe d'Orléans (rôle qu'il ré-endossera dans Le Bossu de Philippe de Broca). Il incarne à merveille toute la fragilité de son personnage. Jean Rochefort quant à lui s'amuse en jurant (grossièretés, blasphèmes, ...) à chacune de ses scènes de son personnage (Dubois) portant l'habit sacerdotal. Cette vulgarité est une bouffée d'air frais dans cette histoire il faut le dire, plutôt dépressive. Jean-Pierre Marielle au personnage finalement secondaire à l'intrigue (Pontallec) marque quand même grâce à ses lignes de dialogues humoristiques assez bien trouvé. On retrouve aussi à la distribution Marina Vlady (marquise de Parabère), Christine Pascal (Émilie), Alfred Adam, Jean-Roger Caussimon, Michel Beaune, Jean-Paul Farré, Raymond Girard et Jean Rougerie. Mais des membres de la troupe du Splendid (dont Clavier, Blanc et Jugnot) présents dans le film je n'ai aperçu que Thierry Lhermitte.
Comme expliqué plus haut, dans le fond le film est complet. J'ai été déstabilisé par la forme. Dans un entretien Rochefort explique que la caméra de Tavernier (à la main) sur ce film était comme un direct télévisé. Cette approche plus terre à terre de filmer a vie cette époque est louable. Mais cela limite tout de même la mise en scène cinématographique. J'ai trouvé l'enchainement des scènes assez brutal.
Les décors naturels sont biens choisis. On aura reconnu les paysages de Bretagne, le Vieux Mans et l'Abbaye de Fontevraud. Les musiques entendues dans le film sont des compositions du régent lui-même réarrangées par Antoine Duhamel.
En résumé Que la fête commence... est un film bourré d'idées. Ses comédiens livrent une prestation sincère et poignante. Mais sur le plan cinématographique cela aurait pu être un proposition plus forte.
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Créée
le 7 juin 2025
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