Le film prend comme contexte l'époque de la Régence, en 1719, dans laquelle Philippe d'Orléans assure cette régence jusqu'à la majorité de son petit-cousin, et symboliquement son neveu, Louis XV. Au même moment, l’abbé, puis l’archevêque Dubois, veut condamner le marquis de Pontcallec, un rebelle qui complote contre le Royaume, car ce dernier souhaite l’indépendance de la Bretagne. À cela se rajoute une atmosphère de libertinage et de spéculation, où le système de John Law s’effondre. Tavernier propose une fresque qui expose un visage licencieux et débauché de la cour, tout en épousant une satire irrévérencieuse, portée par un humour grivois et grossier. L’œuvre est très vive dans ses dialogues, mais également cocasse et pleine de verve truculente.

Le portrait de cette société a donc quelque chose d’aigre-doux, par moments cynique. En même temps, il montre un visage positif du régent, qui a été longtemps résumé à un être décadent dont les soupers ressemblaient à des bacchanales, alors que, sous son régime, la France a connu un temps de paix grâce à une vision plus libérale et humaniste, mais il n’avait pas toujours la force pour concrétiser ses réformes. Tavernier en fait un personnage essayant d’assumer sa posture de régent, mais qui n’y arrive pas. Il est hanté par la mort de sa fille (la scène de sa dissection ouvre l’œuvre, appuyant sur les conséquences d'une vie d'excès, car elle est décédée de cela), noirci par un sentiment funeste et mélancolique, fatigué d’un pouvoir dont il ne veut pas, et désabusé par les sournoiseries hypocrites de son entourage et par l’influence implacable de son ministre. Ainsi, c’est Dubois qui prend surtout le mauvais rôle : faux dévot qui utilisait son pouvoir ecclésiastique pour monter les échelons, mais qui avait une intelligence politique, notamment extérieure, en s’alliant par exemple avec les pays protestants, stoppant les guerres et les conflits.

Le film a alors l’ambition de donner une vision juste de la Régence, sur des personnages dont la coutume est de les vilipender, en désacralisant notamment le genre du film historique lui-même. En effet, la mise en scène évite toute rigidité pour capturer le sentiment de frénésie, de folie et de renversement propre à l’époque, dans une impression de mouvement perpétuel et comme si la caméra venait d'être inventé au XVIIIe siècle, car le réalisateur veut dévoiler les nombreux coups de théâtre perpétuels, les frasques immorales et les intrigues complexes sous la Régence, sans faire de tout cela une pièce de musée. Les situations peuvent être crues et on ne retrouve aucune idolâtrie dans la direction artistique. C'est pourquoi, Que la fête commence... est une œuvre iconoclaste qui évite toute approche puritaine de l’Histoire, pour dévoiler le début de la fin d’une monarchie absolue qui s’épuise, comme le souligne la dernière séquence de l’œuvre, montrant les forces inéluctables qui parcourent l’Histoire : des paysans révoltés brûlant un carrosse royal, une allusion claire à la Révolution à venir.

SimBoth
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le 11 juil. 2025

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