Parfois, à Cannes – et c’est souvent le matin de bonne heure pour tout arranger – on tombe sur un bijou de nullité, une petite perle qui fera tristement parler d’elle comme de LA purge du festival. Ce moment plus ou moins consciemment attendu dans la vie d’un festivalier a choisi de pointer le bout de son nez aujourd’hui même. Evidemment, j’y allais avec un tout autre état d’esprit, condition indispensable au violent effondrement de l’espoir emmagaziné.

Queen and Country avait pourtant une bonne tête de découverte cannoise. Un réalisateur confirmé, un sujet fort, des personnages multiples et complexes… Pourtant, dès son exposition, le film s’écrase en un sous genre télévisuel : voix-off en redondance avec l’image, musique type « droits musicaux gratuit » et surtout, surtout, un étalonnage d’inspiration TNT.

Un jeune homme brun, chair de fantasmes pour pucelles, envahit l’écran dénudé, barbottant dans un charmant petit cours d’eau. Un premier contact avec le personnage extrêmement mielleux, tant et tant qu’on frôle le trauma, lorsque le doux Apollon quitte la maison familiale pour l’Armée, terre de brutes. Même si nous sommes en pleine guerre de Corée et que les militaires doivent former les hommes à combattre, nous voilà inquiets. Quel avenir pour notre malheureux chérubin dans cette galère ?

Le scénario ne se chargera jamais de considérer le sujet. On préfère ici s’éparpiller entre un meilleur ami, des copines pas farouches, et une aristo impénétrable. La petite bande, tous au summum de l’antipathie, promet rebondissements, rires et larmes, blagues et philosophie… une bouillabaisse de ce qui de près ou de loin fait tiquer la ménagère, même en plein repassage. Ce spectacle de guignols ne s’engage à aucun moment dans autre chose que le contemplation de ses propres acteurs, omniprésents à l’image, lourds de tics en tout genre, d’intonations façon « actor’s studio » foirées, et de regards intenses qui ne font passer que de la consternation. La direction d’acteurs ne manque à aucun moment de démontrer leur potentiel clownesque. Dommage alors que ce parti pris parent du téléfilm de 14h30 sur M6, se prétende cinéma.

L’esthétique général achève définitivement ce film au romantisme désuet, vieillot. L’académisme duquel découle chaque proposition formelle a du mal à se faire pardonner dans un contexte Cannois où l’audace et l’originalité se doivent d’être mis en valeur. Avec Queen and Courtry, le réalisateur de 81 ans peine à cacher son âge.
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le 21 mai 2014

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