Dernier western du grand Budd, critique déroutante de la violence, avec un final noir et amer

Le final dans les westerns précédents du grand Budd (l'avant-dernier, Comanche Station, date de 1960 quand celui-ci, son dernier, est de 1969) était toujours particulièrement bon, original, même quand c'etait un duel en face à face d'allure classique.

Il y avait toujours quelque chose de tragique, et malgré la "bonne" conclusion de l'affrontement entre le héros et le bad guy, il y avait de la compassion pour ce dernier quand sa stature avait de l'épaisseur (Lee Marvin dans 7 hommes à abattre, Richard Boone dans l' Homme de l'Arizona). On avait aussi de la romance frustrée, avec des regards discrets mais poignants, échangés dans les derniers plans par un homme et une femme à cause d'un amour impossible, chacun s'éloignant de son côté.

Dans ses meilleurs films, tout ce qui précède le final etait du même niveau, tant pour les relations entre les personnages que pour les rebondissements intermédiaires.

Dans celui-ci, A Time for Dying, c'est différent. Le film est hétérogène.

Le final va encore plus loin dans la dimension tragique : Un temps pour mourir, le titre américain, est un titre aussi approprié que le titre français Qui tire le premier ? car les deux nous indiquent bien le sujet.

La tragédie est inhabituelle car le fatum tombe sur le héros, un jeune gunslinger plutôt gentil et, dans un autre registre, sur sa jeune femme tout aussi naïve, avec une conclusion déchirante sur les conséquences qui s'abattent sur ce duo plein d'innocence, agissant contre lui-même.

Sur le plan strictement westernien, le traitement du duel en face en face a plusieurs niveaux de complexité, et il s'y rajoute même une retour de manivelle après sa fin, moment suffocant, qui est en résonance d'une forte première scène où les personnages sont un lapin et un serpent à sonnettes. "Le serpent, ce n'est pas la même chose", disait alors le jeune héros, formule reprise en voix off dans ce passage.

Tout ce final vaut la peine, d'autant qu'il est filmé dans la pénombre (le directeur photo est le grand Lucien Ballard). Elle contraste d'ailleurs avec la luminosité particulièrement vive dans le reste du film, parfois un peu trop vive. Car tous les acteurs plissent les yeux dans le plein soleil, et nous aussi !

Ce n'est plus du Technicolor des années 50 mais de l'Eastmancolor, mais c'est aussi très beau.

Il y aura même un dernier soubresaut de conclusion après le duel, une derniere séquence cinglante et sans empathie pour la paranoïa des gunslingers et leur défaite psychologique, car ils se mettent à attendre; terrifiés, les futures trahisons de leurs proches.

Avant le final, il y a eu une séquence mouvementée de hold-up dans la ville par un gang à cheval qui crée du chaos avant son entrée dans la banque, mais le hold-up avorte grâce à l'action du jeune. Cette séquence maestrique, certains l'ont trouvé brouillonne. Or, il y a de la confusion mais elle est mise en scène par les bandits eux-mêmes, exprès : ce fut bien expliqué auparavant dans le film comme une technique de hold-up utilisée à l'époque par les gangs, et notamment par celui de Jessie James. Et cette technique de l'affolement délibéré est contraire à celle qu'on nous montre dans la majorité des westerns : l'entrée discrète dans une banque avant un hold up ou son effraction subreptice..

Ces toutes dernières scènes ne font en tout qu'un quart d'heure, dans un film assez court.

Leur vivacité et leur noirceur sont d'autant plus surprenantes que tout ce qui les précède pendant une heure semble un accompagnement léger, humoristique, presque un conte philosophique sur un candide de l'Ouest qui n'a pas 20 ans, qui est devenu expert du revolver grâce à son pere paradoxalement non violent, et qui veut devenir chasseur de primes.

On l'a donc vu alors qu'il fait plusieurs rencontres, des figures historiques devenus légendaires, qui ont été absorbées parfois par la mythologie westernienne - voire par l'Histoire américaine - comme des références positives, mais que Budd Boeetticher décrit ici comme des antimodèles, comme les figures variées d'une brutalité parfois repoussante.

Il y a successivement Billy Pimple (qui est un clone de Billy the Kid en psychopathe, joué par Robert Random), le juge Roy Bean (joué par un exubérant Victor Jory), et un Jessie James assagi (joué par Audie Murphy) qui relèvera tout de suite par quoi ce jeune n'est pas encore prêt, malgré sa rapidité, à des affrontements violents qu'il imagine faussement prestigieux. Et il y a aussi l'institution du bordel dans le saloon, avec sa matronne, ses prostituées, ses clients surexcités et prédateurs, tous débarrassés d'une fausse aura de beauté et de convivialité bonhomme, habituelle dans d'autres films.

Et donc, nous avons un film d'apprentissage qui est édifiant pour la jeunesse de toutes les époques, car il est critique sur ce qu'est la vraie vie dans l'Ouest : la violence n'est pas ce que les jeunes imaginent et elle est distincte des précédents westerns de Boetticher.

L'apparition d'Audie Murphy à ce jeune héros, joué par Richard Lapp, qui ressemble de manière frappante dans sa juvénilité presque enfantine à ce qu'Audie fut lui-même dans ses premiers films (il en est à son 35eme sauf erreur) est consacrée à une mise en garde quant aux duels au revolver, mise en garde cynique mais pertinente.

Ce qui est déroutant avec ce film, et cela diminue la portée éthique voulue par Boetticher, c'est le décalage entre la balade pédagogique qui semble insouciante pendant les trois quarts du film, et la fin du western qui est à la fois classique et amère.

C'est aussi le décalage entre le propos général, moderne, assez proche des westerns de Peckinpah, de Pollack ou même de Altman dans la charnière des années 60-70 et le petit format carré qui rappelle les bandes de série B des années 50 (malgré le zoom, ici très fréquent, qui a été piqué aux nouveaux venus, les spaghettis westerns qui en abusent).

Mais qui regrettera la dernière balle de Budd, qui nous touche quand même beaucoup, fond et forme ?

Michael-Faure
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le 24 avr. 2025

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