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Prison break
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le 30 nov. 2016
Il y a des films de prison comme Les Evadés, Le Prisonnier d'Alcatraz, L'Evadé d'Alcatraz. Dans ces films, un prisonnier est en butte à l'autoritarisme d'un directeur de prison ou subit des mauvais traitements (voire de la torture) de la part des gardiens. Le spectateur est sommé de prendre le parti du prisonnier et la violence est du côté de l'Etat. Et il y a des films comme R qui n'ont rien à voir avec cette vision très manichéenne.
La première grosse différence, c'est que dans R, la violence est exclusivement parmi les prisonniers. On ne voit que très peu les matons et on les voit peu intervenir. Et c'est ce qui est le plus effrayant dans R : les prisonniers font ce qu'ils veulent, y compris punir ou tuer les détenus qui n'obéissent pas au "règlement" que les caïds de la prison ont établi entre eux. Les exécutions, les passages à tabac, les trafics se font très facilement. L'administration pénitentiaire reste impuissante malgré les enquêtes et semble réduite à laisser faire et à ouvrir et fermer des portes.
Quand Rune (R) arrive dans la prison, il est jeté dans une fosse aux lions dont on se doute rapidement qu'il ne sortira pas vivant. On ne saura que peu de choses sur lui. Il n'est pas victime d'une injustice, comme dans la Ligne Verte ou Les Evadés. On n'a clairement pas affaire à un ange (il a poignardé un homme), mais à côté des gros durs qu'il va côtoyer, c'est un bébé. Il fait d'abord profil bas et se soumet aux caïds, acceptant de faire les basses besognes (cassage de gueule dans un escalier, nettoyage des toilettes...). Il saisit l'opportunité de monter en grade et obtient la protection du boss en l'aidant dans son trafic de drogue. La vie s'améliore pour lui et il se fait même un ami. Mais l'embellie sera de courte durée...
Le film est d'une dureté et d'une sécheresse incroyables. Il ne fait jamais appel au pathos, contrairement à beaucoup de films de prison où le héros est victime d'une erreur judiciaire. Les scènes sont courtes, les dialogues brefs et rares. Les acteurs sont filmés en gros plans. L'environnement est froid, dépouillé, fonctionnel, dépourvu de toutes couleurs vives, claustrophobique, déprimant, sans espoir. Le film ne cherche jamais à séduire par sa photo ou des effets de style. Il a des allures de documentaire peu aimable qu'il garde jusqu'au bout.
Malgré son absence de pathos et sa photo aux couleurs ternes, le film est totalement captivant pendant 1h30 et réussit à susciter une grande empathie pour le personnage principal. Les autres prisonniers sont tellement effrayants qu'on ne peut que s'attacher à lui et avoir envie qu'il s'en sorte. On sent qu'il est encore sauvable, contrairement aux autres. Je trouve que c'est très fort. C'est tellement plus facile de susciter l'empathie avec un personnage sympathique - comme Tim Robbins dans Les Evadés - injustement condamné ! Avec Rune, garçon mutique et fruste, c'est plus difficile et je n'aurais pas cru que je m'attacherais à lui.
Son exécution brutale et sordide dans la chambre froide m'a fait l'effet d'un coup de poing dans l'estomac. Je ne m'y attendais pas du tout - même si je me doutais que l'histoire de Rune finirait mal. Le choc est d'autant plus grand que son assassinat est soudain et reste invisible pour le spectateur. On reste avec son pote à l'extérieur de la chambre froide et on ne verra que son cadavre ensanglanté sur le sol quand il se décidera à entrer.
Encore une fois, aucun pathos : la caméra se contente de filmer Rune à distance, ne cherchant même pas à nous montrer son visage.
Je trouve cette sobriété admirable et vraiment bouleversante. J'étais complètement anéantie pendant le dernier quart d'heure.
Les acteurs, qui m'étaient tous inconnus, sont géniaux et étonnamment crédibles.
Le cinéma danois est décidément grand.
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le 7 juin 2026
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